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Politique

Vote des députés URD en faveur de Moussa Timbiné pour le perchoir : “ce que Konimba Sidibé ne sait pas” (le Corrap)

Voici la réponse du Collectif pour la réflexion, le rassemblement et l’action patriotique (Corrap) par rapport à l’étonnement du ministre Konimba Sidibé, président du Modec, de voir que les députés URD ont voté pour le candidat de la Majorité présidentielle à la présidence de l’Assemblée nationale en l’occurrence, Moussa Timbiné. Si le ministre s’étonne, le Corrap explique….. Lisez ici ses précisions formulées à l’attention du ministre Konimba Sidibé…

I. Coup de gueule de Konimba Sidibé, président du Modec
“Ce que je pense du vote de députés de partis politiques de l’opposition membres du FSD en faveur de Tembiné, candidat du RPM/majorité présidentielle élu à la présidence de l’Assemblée nationale du Mali”
“Je n’en reviens toujours pas et je suis resté sans voix toute la journée de hier, une journée funeste pour le FSD.
Poser un tel acte pendant que le Président de l’URD et du FSD Soumaila Cissé est détenu par les ennemis de la démocratie et leurs complices, pendant que leur camarade de l’URD a été spolié de sa victoire au profit de ce même Tembiné en Commune V par la Cour constitutionnelle, pendant que le peuple malien dont le peuple URD en particulier est dans la rue pour exiger le rétablissement de la vérité des urnes, pendant que la crédibilité de la classe politique est sérieusement déjà entamée par une série d’actes injustifiables et incompréhensibles de ses élites, pendant que ——.
Pourquoi ont-ils fait ça ? Ont-ils pensé aux conséquences de cet acte sur la cohésion du FSD et son impact sur l’adhésion du peuple aux actions de résistance que nous allons entreprendre ? L’acte est incompréhensible et injustifiable.
Le minimum que les députés des partis membres du FSD auraient dû faire c’était de boycotter cette séance inaugurale de l’AN à faible légitimité pour exprimer leur solidarité au Président du FSD Soumaila Cissé et à tous ceux qui ont été injustement n de leur victoire par la Cour Constitutionnelle, et affirmer leur engagement sans réserve dans notre combat commun pour sauver le Mali de ses fossoyeurs.
Malgré cela, le rassemblement de toutes les forces de l’opposition doit rester au cœur de notre stratégie de lutte pour le changement de gouvernance. On y réussira difficilement en l’absence d’une ligne politique claire de démarcation avec l’actuelle majorité qui nous guidera dans tout ce que nous entreprendrons. Le spectre de la division guette encore le FSD et l’opposition, prenons-y garde et travaillons à l’éviter.
La lutte continue
Konimba Sidibé
Pdt du Modec”

II. A propos du coup de gueule du ministre Konimba Sidibé, président du Modec

Le ministre Konimba Sidibé, président du Modec, dans un remarquable coup de gueule, a fustigé les députés de partis politiques de l’opposition membres du FSD pour avoir voté en faveur de Moussa Timbiné, candidat du RPM/majorité présidentielle élu à la présidence de l’Assemblée nationale du Mali le 11 mai 2020, et, sur le coup, foulé au pied les principes qui régissent le bon fonctionnement de la démocratie, abandonné le rôle d’une opposition dans un système démocratique pluraliste, aggravé la perte de crédibilité de la classe politique ” ….sérieusement déjà entamée par une série d’actes injustifiables et incompréhensibles de ses élites “, en ignorant de manière incroyable, les “conséquences de cet acte sur la cohésion du FSD et son impact sur l’adhésion du peuple aux actions de résistance” que le FSD va entreprendre contre les ennemis de la démocratie et les fossoyeurs du Mali.
Étonné, scandalisé et en désarroi face à leur comportement irresponsable dans un contexte de mobilisation populaire générale contre la charte électorale et le déni de droit, il regrette amèrement que les députés de partis politiques de l’opposition, membres du FSD, n’aient pas au moins ” boycotté cette séance inaugurale de l’Assemblée nationale à faible légitimité pour exprimer leur solidarité au président du FSD, Soumaila Cissé, et à tous ceux qui ont été injustement spoliés de leur victoire par la Cour constitutionnelle”.
Face à la situation, le ministre et président du Modec, Konimba Sidibé, appelle au rassemblement sur la base “d’une ligne politique claire de démarcation avec l’actuelle majorité qui nous guidera dans tout ce que nous entreprendrons” et met en garde contre “le spectre de la division (qui) guette encore le FSD et l’opposition”.
Cette réaction d’indignation, empreinte de responsabilité, de ténacité et de combativité, est tout à son honneur et mérite d’être saluée à juste titre.
Elle n’est certes pas étonnante parce que Konimba Sidibé a toujours été et reste un intrépide et infatigable combattant de la liberté, de la démocratie et des droits de l’homme, un patriote intransigeant, un modèle d’intégrité pour notre jeunesse.
Cependant, ce qui est frappant et encore plus étonnant, c’est son étonnement face au constat de la “trahison indécente” des députés de partis politiques de l’opposition membres du FSD. Il n’y a aucune surprise dans le fond.
En effet, Konimba Sidibé semble avoir oublié que le parti URD lui-même, dans un communiqué, avait pris publiquement position auparavant en faveur de la tenue des élections, en dépit de l’enlèvement de son président et “Chef de file de l’opposition”, un scrutin dont elle prévoyait, par ailleurs, le caractère truqué ! Et ce, en ignorant la position publique contraire prise par d’autre membres du FSD (MPR, CNID, FARE AN KA WILI, etc.), pour des raisons liées à l’insécurité, à ‘impréparation mais aussi …en solidarité avec le président de l’URD et du FSD, “Chef de file de l’opposition”, etc. !
En outre, et l’on ne peut pas imaginer que cela lui ait échappé, lors du scrutin législatif, des listes d’alliance (que d’aucuns ont qualifié de « contre-nature ») entre opposition et majorité, notamment entre les deux principales forces politiques de la Majorité et de l’Opposition, à savoir le RPM et l’URD, ont été constituées sans aucun scrupule un peu partout et en particulier dans les grandes circonscriptions électorales.

Ainsi, à titre d’exemples :
– À Kati, Kayes, Sikasso, Mopti, Djenné et en CIV, l’Adéma/PASJ, le RPM et l’URD se sont donné la main pour présenter des listes communes ;
– En Commune V, l’URD était en alliance avec l’ADEMA, sans aucune pudeur, contre le RPM ;
– Dans la circonscription de Bougouni, la compétition électorale a opposé la coalition Adéma/PASJ-Codem- CDS-ADP/Maliba contre l’alliance RPM-URD-MPM ;
– La circonscription de Sikasso a été le théâtre de l’affrontement entre la liste commune RPM-URD-Codem et celle menée par l’Adéma/PASJ.
– A Koutiala, la listes d’alliance Adéma/PASJ-Sadi-UDD-Codem (Danaya) a affronté la liste commune MPR-RPM-URD-PRVM Fasoko (Nieta)
Dans ces conditions, comment les électeurs auraient-ils pu percevoir et comprendre les différences entre les projets de sociétés et les programmes politiques (à supposer qu’ils en ont réellement !) qui devraient normalement constituer les outils de persuasion des partis et des candidats ? Comment auraient-ils pu, après les joutes oratoires des candidats, porter un choix éclairé sur des hommes et des femmes crédibles ?
Au constat de ces compromissions à allure de partage du gâteau entre larrons-vampires en foire sur le terrain (vu l’absence d’accords politiques écrits et signés, dont les engagements réciproques sont rendus publics et leur sont clairement expliqués pendant la campagne électorale), était-il raisonnable de se faire encore la moindre illusion sur une possible existence d’une opposition parlementaire dans cette 6è législature de l’Assemblée nationale ? Certainement pas.
Actes injustifiables et incompréhensibles, certes, mais parfaitement intelligibles. Que le comportement des députés de partis politiques de l’opposition membres du FSD lors de l’élection du président de l’Assemblée nationale du 11 mai 2020 ne reposait sur aucune justification valable du point de vue des valeurs et des principes prônés par leurs formations politiques, qu’il soit incompréhensible au sens d’inacceptable, on ne peut en disconvenir. Cependant, cela ne veut nullement dire qu’il est tout à fait intelligible, c’est-à-dire qu’il peut être perçu et expliqué rationnellement par l’intelligence humaine. Efforçons-nous donc d’être davantage perspicaces (scientifiquement, s’entend).
Nous émanciper du nouvel obscurantisme “moderne” et de la vassalisation intellectuelle pour penser nos problèmes librement et en toute indépendance.
Pour ce faire, nous devons nécessairement nous délivrer du carcan tétanisant et toxique du faisceau d’éléments constitutifs de la “pensée unique” imposée par les gouvernants, les grands médias, les “experts”, les “spécialistes” et les élites des pays européens et occidentaux, expression de l’idéologie dominante qui légitime leurs seuls choix de politiques économiques, de société et de vie, en nous les présentant sous forme de certitudes assénées avec des arguments d’autorité devant lesquels nous sommes sommés de nous incliner et un lexique langagier que nous sommes tenus d’employer, parfois comme des perroquets. Sous cette chape de plomb, nous n’avons en réalité aucune autonomie intellectuelle, aucune liberté de penser, nous ne pensons pas ; même si nous croyons sincèrement le faire, nous ne faisons que les répéter, d’une manière ou d’une autre.
Tant que cette situation perdurera, il nous sera impossible de développer notre propre pensée, d’acquérir de l’esprit critique scientifique face au miroir déformant de nos propres réalités et du monde global actuel qu’on nous empêche ainsi d’appréhender directement nous-mêmes, coupés de notre histoire mais également privés des acquis universels de la science dans divers domaines (économie, sociétés, politique, histoire, cultures, etc.).
Conditions méthodologiques préalables
a) Le premier pas nécessaire et indispensable consiste à se poser les vraies et bonnes questions de recherche et d’analyse. La mystification et la manipulation s’opèrent dans la formulation des questions avant de s’imposer dans les réponses à ces questions. C’est ce qu’avait compris Karl Marx, dès au début de ses investigations scientifiques pour comprendre le capital et la société qu’il était en train d’engendrer au 19è siècle.
Cette lucidité l’a fortement aidé dans l’élaboration de la méthodologie et des concepts scientifiques fondamentaux d’analyse du capital, de sa dynamique historique d’accumulation et d’expansion, du régime économique, social et politique qu’il génère, de l’aliénation qu’il inflige aux travailleurs salariés et de l’idéologie qui légitime et présente comme éternelles sa domination sur le monde et l’exploitation à laquelle elle soumet les travailleurs.
Grâce, avant tout, à cette précaution méthodologique, le savant allemand est parvenu à établir les lois fondamentales du fonctionnement et du développement du mode de production capitaliste ; à dévoiler ses contradictions insurmontables et à mettre en lumière la tendance suicidaire à terme de son « mouvement » et de sa reproduction élargie, toujours poussé à la recherche effrénée du profit maximal, au moindre coût et au plus vite. Finalement, Marx a mis en lumière le caractère historiquement temporaire de son existence et l’inéluctabilité de son abolition inscrite dans son essence même.
Son apport scientifique est incontournable aujourd’hui pour comprendre et penser scientifiquement le monde actuel de la « mondialisation » / « globalisation » sous la botte du capital financiarisé, qui s’est immiscé par effraction dans nos économies, nos sociétés et nos vies au Mali, au Sahel et en Afrique.
b) Ensuite, il nous incombe de problématiser nous-mêmes les bonnes questions répondants à nos préoccupations, de les « mettre en équation » afin de trouver plus facilement leurs réponses, c’est-à-dire les solutions à nos problèmes.
De cette façon, nous éviterons la diversion et le fourvoiement dans des « faux débats », c’est-à-dire des débats non pertinents, sans objet ou hors sujet, en tout cas, très secondaires par rapport aux problèmes essentiels du moment, ainsi que les « débats faussement vrais », autrement dit des débats où, autour d’une question sans importance majeure, généralement formulée de façon partiale et orientée, on voit des interlocuteurs « s’affronter » sur des nuances, confronter des points de vue pas vraiment opposés parce qu’ils occultent tous le fond du problème.
Ces genres de débats sont organisés et mis en avant pour nous duper et nous empêcher de nous concentrer sur les raisons profondes et les causes réelles, bref les vrais déterminants de la crise. C’est ainsi qu’on nous a imposé une grille de lecture tour à tour :
– raciste et culturelle, faussement politique (oppression et exclusion imaginaires d’une minorité touarègue qui a, bien au contraire, toujours bénéficié de la « discrimination positive » au Mali depuis son accession à l’indépendance) ;
– sécuritaire et religieuse (notre problème prioritaire est le « terrorisme » et le djihadisme », pas la rébellion séparatiste armée !) ;
– ethniciste, communautariste (recrudescence de la haine ancestrale entre ethnies et entre communautés qui les aurait subitement plongées dans une folie meurtrière et un engrenage cyclique de vengeances réciproques sans fin, alors que, depuis des siècles, elles vivaient en équilibre relativement stable dans des rapports de complémentarité et d’interdépendances, avaient forgé elles-mêmes leurs institutions, mécanismes et outils de gestion des conflits, de régulation sociale, communautaire et intercommunautaire) ;
– « capacitationniste » et institutionnaliste (former et reconstruire les FAMa, comme si nous n’avons pas déjà une armée nationale, républicaine, représentative de toutes les ethnies et de toutes les régions du pays, mais seulement dépouillée de ses équipements et sevrée d’approvisionnement en armes et matériels ; mettre l’Etat sous tutelle puis le réformer) ;
– « droits-de-l’hommiste » (protection des droits de l’homme, de la femme, de l’enfant, de la personne humaine, en sous-entendant que nous vivons dans des sociétés sauvages qui ignorent les droits humains et la protection sociale, or les sociétés africaines ont été antérieurement et sont actuellement beaucoup plus humanistes, plus intégrationnistes et plus protectrices que les sociétés européennes et occidentales qui ont bâti leurs civilisations par des actes de dégradation et de destruction massifs et innommables de l’être humain, toutes catégories sociales confondues, en leur sein et dans le monde) ;
– et avec la loupe de la « bonne gouvernance » (réorganisation de nos Etats et de nos sociétés sur la base de valeurs, principes, normes et règles de vie voire modes de vie leur assurant une coordination efficace, un bon fonctionnement, de l’équilibre, le consensus général et la stabilité). Cette vision et cette prétention cynique inspirées par le racisme atavique de nos anciens colonisateurs (aujourd’hui néo-colonisateurs sous les oripeaux de « partenaires au développement ») se fondent sur un présupposé réfuté par les faits historiques, à savoir que nos Etats et nos sociétés étaient et sont restés (même dans la période dite « postcoloniale », c’est-à-dire après les indépendances, soit après soixante ans de gestion par nous-mêmes) atomisés, sans coordination entre ses entités constitutives, sans valeurs de référence communes, principes communs ni conventions, chartes, contrats, etc. , donc sans possibilité ni capacités d’équilibre, de performance, d’amélioration. Elles masquent malicieusement le fait de l’ingérence, de la déstabilisation-déstructuration et démantèlement de nos États et de nos sociétés pour les soumettre aux besoins du capital financier.
La conception de tous ces gadgets intellectuels, notions périmées parce que infirmées par les sciences (histoire, économie politique, socio-anthropologie, etc. mais réchauffées pour les besoins d’une cause inavouable, et l’orchestration de leur mise en œuvre ont surtout pour fins de:
– Détourner les Maliens et les Sahéliens des raisons et causes essentielles et déterminantes de la crise (la course aux matières premières et ressources naturelles stratégiques ; les convoitises sur les richesses faramineuses des régions du nord du Mali et du Sahel ; déclin des économies des pays européens et occidentaux dans la compétions internationale ; nécessité pour eux de se repositionner avantageusement en contrôlant l’accès à ces richesses et en décidant des conditions de leurs exploitation ; leur besoin impératif de vassaliser l’État et de redécouper le territoire national ; leur soutien aux groupes de déstabilisation et de déstructuration pour atteindre leurs objectifs) ;
– Affaiblir puis disloquer l’armée nationale au profit de forces régionales à chaînes de commandement indépendantes et de groupes armés privés, soi-disant d’auto-défense ou de sécurisation ;
– Dissimuler la stratégie et le plan de démantèlement de l’État unitaire et de partition du Mali en deux, trois ou quatre Régions-Etats avec des régimes politiques différents ;
– Endormir notre conscience nationale et tromper notre vigilance, deux obstacles majeurs à leurs agissements démoniaques.

c) Après ces deux premiers préalables méthodologiques, nous devons adopter une approche correcte, utiliser des outils et des méthodes scientifiques

L’approche doit consister à aborder et traiter les problèmes et les vraies questions qu’elles suscitent d’un triple point de vue :
– dans une perspective historique (où, quand, dans quelles conditions, comment et par qui tel phénomène est apparu ? Quelles sont les principales étapes et les principaux facteurs de son évolution ? Quel est, en fin de compte, le facteur le plus important et qui détermine de façon décisive son histoire ? Sous l’angle de cette évolution, quelles sont ses principales tendances actuelles et quel est son avenir prévisible ?)
– du point de vue matérialiste (ne pas se limiter aux déclarations et états d’âmes, aller au-delà pour observer et analyser les faits, actes, comportements et conditions socio-économiques…)
– et du point de vue des intérêts de classes sociales
«Les hommes ont toujours été et seront toujours en politique les dupes naïfs des autres et d’eux-mêmes, tant qu’ils n’auront pas appris, derrière les phrases, les déclarations et les promesses morales, religieuses, politiques et sociales, à discerner les intérêts de telles ou telles classes» (Vladimir Ilitch Lénine).
Dans de nombreux articles sur la vie politique nationale publiés dans le journal « L’Inter de Bamako », Fodé Keïta a rappelé ce principe méthodologique avec une insistance impressionnante, reflet d’une conviction scientifique profonde, inébranlable et inusable.

Nos outils d’investigation doivent être adéquats et rigoureux, sous peine de glisser sur les problèmes et de mettre la tête de nos compatriotes dans le cirage. C’est pour nous y amener que les « experts » et « spécialistes » européens et occidentaux des problèmes du Mali et du Sahel nous abreuvent de notions vagues et confuses à la place de concepts opératoires. Exemples :
– « Distance sociale » à la place de « classes socio-économiques » ;
– « Demande sociale » et « logiques sociales » au lieu de « Intérêts et stratégies de classe » ;
– « Logiques contradictoires des acteurs », « conflits entre les logiques des protagonistes » ou encore « lutte pour le changement de gouvernance » en remplacement du concept de « lutte de classes ».
La méthode générale est décrite par V.I.Lénine, cité plus haut. Elle se résume très sommairement dans les points suivants :
– Analyse de la formation sociale – économique (la société globale, unité dialectique, articulée, contradictoire et dynamique) ;
– Etude des bases matérielles distinctives des groupes sociaux et de leurs modes et mécanismes d’accumulation de leurs revenus ;
– Identification des intérêts de leurs membres (qu’ils doivent représenter, défendre et promouvoir nécessairement) et de leurs objectifs pour arriver en pratique à satisfaire ces aspirations (à la fois individuelles et de classe) ;
– Analyse de leurs stratégies et tactiques pour atteindre ces objectifs (qui expliquent leurs alliances apparemment « contre-nature », « illogiques », « inconséquentes ») ;
– Répartition de la richesse nationale créée par le travail social
Questionnement et constats
Armés de cette méthodologie nous pouvons répondre à la question posée par le Ministre Konimba Sidibé « Pourquoi ont-ils fait ça ? ». Question pertinente à laquelle, apparemment, il n’a pas voulu répondre, se contentant de dire : « L’acte est incompréhensible et injustifiable ». Or, il en a largement les moyens intellectuels et la lucidité politique acquise au cours de sa très longue expérience politique qui lui a permis d’avoir une fine connaissance des acteurs politiques évoluant au-devant de la scène depuis une trentaine d’années. Est-ce donc par pudeur et respect à l’égard de ses « camarades » députés des partis politiques de l’opposition membres du FSD ?
Quoi qu’il en soit, en s’arrêtant en chemin, il prive le peuple malien, singulièrement notre jeunesse, de la compréhension scientifique nécessaire et indispensable des comportements des forces et leaders politiques.
En outre, il indique la clé pour sortir de l’impasse politique actuelle et avancer dans la lutte pour la défense de la démocratie et de la république, la sauvegarde du Mali : « une ligne politique claire de démarcation avec l’actuelle majorité».
Mais le hic est qu’il ne définit pas clairement au préalable « l’opposition » ni même « l’actuelle majorité ».
Et, en conclusion, il attire l’attention sur le spectre qui « guette encore le FSD et l’opposition » et appelle au rassemblement. Là, il aboutit à un aphorisme évident !
Car, il nous laisse dans la confusion, ou, à tout le moins, dans le flou en ne nous précisant pas à partir de quels critères on doit tracer « une ligne politique claire de démarcation avec l’actuelle majorité ».
Or, Konimba Sidibé connaît bien la leçon tactique établie au cours de plusieurs siècles de luttes des combattants de la liberté, des démocrates, progressistes, nationalistes et patriotes pour un changement radical dans des situations de domination, d’oppression et d’exploitation, enseignement appris au prix d’indicibles souffrances et sacrifices (dont celui suprême) : “Avant de nous unir et pour nous unir, il faut d’abord nous démarquer nettement et résolument”.
La question de départ devrait donc être « Qui est qui dans cette affaire ? », comme aiment à s’interroger les Maliens. C’est la réponse à cette première question qui permettra de « comprendre » scientifiquement « Pourquoi les députés des partis politiques de l’opposition membres du FSD ont commis leur acte de « trahison ? ».
En s’efforçant d’appréhender la situation à partir de ce questionnement et sous l’angle historique, l’on se rend vite compte que l’appartenance formelle et officielle à un parti ou une coalition de partis ne garantit pas que les élus et les leaders politiques qui s’en réclament ont intérêt et veulent ou peuvent effectivement jouer le rôle d’opposants dans un système démocratique.
Une première preuve factuelle est donnée par les élus de l’URD et la Direction de ce « principal parti de l’opposition politique » parlementaire eux-mêmes. En effet, il est de notoriété publique que les députés URD ont refusé d’appliquer la consigne de vote de la direction de leur parti lors de l’élection du Président de l’AN, le 11 mai 2020. Au lieu de s’abstenir comme le leur avait demandé la Direction de l’URD, ils ont accordé leurs suffrages au candidat de la Majorité pour le perchoir, Moussa Timbiné, poulain du Président IBK et de son fils, le député Karim Keïta.
Après cet acte d’indiscipline caractérisé et de « trahison », la Direction de l’URD s’est allègrement fendue d’un communiqué dans lequel il confirme avoir avalé la couleur et affirme n’envisager aucune sanction à leur encontre. Aucune indication, non plus, sur son intention de rectifier le tir afin que le parti revienne dans son rôle, au moins apparent, d’opposant officiel institutionnalisé, et sur les voies et moyens pour y parvenir.
Aussi, est-on en droit de se poser la question de savoir si l’URD et ses élus sont ou peuvent être réellement une opposition à la majorité politique actuellement au pouvoir. Cela, d’autant plus que l’URD est confortablement installée dans les institutions de la 3è République et dotée d’un budget de 500 millions de FCFA provenant du Trésor public.
Pourrait-elle garder ses avantages ou améliorer sa position actuelle dans un éventuel changement de système, dans le cadre d’une 4è République radicalement différente de l’actuelle 3è République dégénérée ? Pas sûr !
Dès lors, on peut « comprendre » (humainement) que le « principal parti de l’opposition parlementaire » n’ait même pas osé présenter la candidature d’un de ses membres au perchoir, bien que la Loi ne le lui interdise nullement !
Mais, il paraît que la justification de l’URD est la suivante : n’étant pas capable de réunir une majorité de soutiens à son candidat, elle n’a aucune chance de gagner. Par conséquent, la tactique judicieuse serait plutôt de « chercher plus tard à renforcer l’opposition au sein de l’AN » C’est, pour le moins, obscur ! Et, diantre ! Voilà façon étrange et affligeant de comprendre le sens et la portée de la candidature d’un parti de l’opposition à la Présidence de l’AN.
Ce n’est pas parce qu’on ne peut pas gagner arithmétiquement qu’un parti doit renoncer à présenter un candidat. Il s’agit de profiter de l’occasion offerte par cette élection du Président de l’AN pour expliquer (au parlement et hors du parlement) à tout le peuple sa vision de la nouvelle représentation nationale, son programme de transformation progressiste de l’économie et de la société et ses propositions de mesures pour le mettre en œuvre.
Et les barons et autres caciques des partis alliés au parti du Président de la République qui, pour la plupart, traînent des casseroles peuvent-ils oser utiliser leur liberté de vote pour marquer leur identité, souligner leur différence, leurs positions nuancées ? Inimaginable, dans la mesure où leurs dossiers sont instruits, pendants devant la Justice globalement aux ordres ou en attente dans les tiroirs du Chef de l’Etat qui guette la moindre velléité de résistance ou de contestation pour les envoyer aux magistrats. Vu cette « épée de Damoclès » au-dessus de leur tête, ils n’ont d’autre choix que de « marcher », c’est-à-dire d’accompagner le parti présidentiel et son manitou dans leur comédie politique, une parodie de jeu démocratique.
On raconte aussi que les députés de l’URD assurent n’avoir pas voté en faveur du candidat de la majorité contre espèces sonnantes et trébuchantes mais par reconnaissance et par gratitude à l’égard des députés de la majorité qui étaient leurs colistiers et avec lesquels ils ont battu campagne sur le terrain lors du scrutin législatif, et surtout, sachant bien que l’Opposition n’avait pas de candidat pour la Présidence de l’AN.
Mais, question : quels intérêts de classes se cachent-ils derrière ces déclarations justificatives d’ordre moral d’un acte politique contre-productif (comme on le verra plus loin) par rapport à ce qui est attendu d’une opposition politique normale ?
Pour y répondre, regardons maintenant dans la profondeur historique et posons-nous la question méthodologique générale ci-après : quels intérêts de classes les dirigeants et cadres des partis de la majorité et de l’opposition qui occupent le devant de la scène politique nationale depuis près de trente ans représentent-ils ?
En cherchant à y répondre sérieusement et rigoureusement, c’est-à-dire en employant les concepts scientifiques adéquats, on constate forcément que depuis 1992, suite à la révolution démocratique et populaire de 26 mars 1991, les dirigeants et cadres petits-bourgeois de l’ADEMA et ses avatars ou succédanés (MIRIA, RPM, URD, ASMA, APM, etc.) ont conquis et confisqué le nouvel État pour s’enrichir copieusement par des moyens et techniques divers et variés. Les péripéties sont connues et la place manque ici pour les mentionner et les décrire. Retenons juste qu’avec leurs alliés permanents ou circonstanciels, fonctionnaires ou de professions libérales (PARENA, MPR, CNID…), d’origine militaire ou de la « société civile » (PDES, CAFO…), opérateurs économiques-hommes d’affaires devenus chefs de partis ou colistiers de leaders politiques (Balla Coulibaly pour l’UDD, Aliou Diallo pour ADP Maliba, Hady Niangaqou pour MPM, Bakary Togola, Président de l’Assemblée Permanente de la Chambre d’Agriculture du Mali, etc.), ils ont occupé tous les leviers de commande : politique, administratif, économique, institutionnel et juridique.
La panoplie de leurs modes et techniques d’accumulation du capital, leurs stratégies, tactiques et méthodes de maintien aux commandes est très large et bien connue des Maliens maintenant. Quelques exemples, à titre de rappel :
– La concussion, la fraude, la corruption et la délinquance financière (détournements de deniers publics, fraude, mauvaise gestion) ;
Les pertes financières sèches subies par l’État au titre de la fraude et de la mauvaise gestion de 2005 à 2017 ont été établies par le Vérificateur Général à 739, 461 milliards de FCFA. Et ses audits n’ont porté que sur 25% des structures publiques.
Le Ministre Konimba Sidibé, dont l’expérience professionnelle et la rigueur sont unanimement reconnues et les expertises, incontestées et incontestables en matière de contrôle de gestion et de fiscalité, rendrait un service historique au Peuple malien en réalisant un audit systématique de la gestion de tout le secteur étatique pour lui permettre de faire rendre gorge un jour aux vampires et brigands qui en sont les auteurs et complices.
– La captation de prébendes (rétro-commissions sur les passations des marchés publics, les exonérations fiscales, les contrats miniers, les contrats industriels, de BTP, d’aménagements hydroagricoles, les contrats d’équipements des corps de l’Armée nationale, etc.)
– Le bradage du patrimoine immobilier et foncier de l’Etat à des opérateurs économiques qui sont souvent des prête-noms pour faire prospérer leurs propres affaires mais aussi à des investisseurs étrangers (Etats ou sociétés privées)
– Le louage de leurs immeubles privés à l’Etat
– Le placement de leurs actions dans d’anciennes entreprises publiques qui ont été privatisées ou des sociétés de droit malien dominées par le capital étranger (PMU-Mali, BHM, ACI, Morila S.A., etc.)
– La spéculation immobilière
– L’accaparement des terres et la spéculation foncière
– Les trafics en tous genres, directement ou par personnes interposées (produits pétroliers et gaziers, farine, tissus, cigarettes, médicaments, de drogue, etc.)
– Le blanchiment d’argent
– Le népotisme (favoritisme et copinage dans la gestion des affaires publiques c’est-à-dire accorder des avantages à des relations, amis ou proches sans rapport avec leurs compétences et leur mérite)
– Le clientélisme politique (faveurs injustifiées accordées en échange de votes ou de soutiens politiques)
– Les trafics d’influence visant à fausser le jeu des élections libres lors scrutins électoraux
– Les achats des votes
– L’instrumentalisation des institutions constitutionnellement indépendantes (notamment la Cour Constitutionnelle)
– Les positionnements politiques opportunistes
a) La constitution de listes communes dites « contre-nature » pour profiter de la crédibilité et de la popularité de certains candidats afin d’éviter de se faire chasser par les électeurs et de renouveler son mandat électif
b) L’entrée en politique des opérateurs économiques et affairistes dans l’espoir de se faire élire sur n’importe quelle liste, prospérer davantage et bénéficier de l’immunité parlementaire contre les poursuites judiciaires pour délinquance financière
c) Le nomadisme politique
d) Accompagner le parti présidentiel et le Chef de l’État en espérant être en « pole position » lors de la prochaine élection présidentielle en 2023, ou, tout simplement « suivre » comme des moutons pour exister d’ici-là (dans le but d’éviter une dissolution de l’AN qui serait fatale aux députés battus sur le terrain puis nommés par la Cour Constitutionnelle)
On comprend bien aisément qu’il serait donc suicidaire, en tout cas, extrêmement difficile pour l’écrasante majorité de ces acteurs politiques (partis et leaders) dits de l’opposition de combattre et, surtout, de changer le pouvoir en place et son système de gestion dont ils sont issus ou sont parties prenantes.
Au terme de cette constatation sommaire et rapide suivant un bon questionnement et utilisant une méthodologie scientifique, la réponse qui s’impose à la question du Ministre Konimba Sidibé, « Pourquoi ont-ils fait ça ? » est celle-ci : « Ils ont fait ça parce qu’ils sont mus par leurs intérêts de classes, qui, en l’occurrence, coïncident avec ceux des députés de la majorité et du Président de la République mais se situent aux antipodes des intérêts du peuple et de la démocratie »
A commencer par l’appât du gain facile et le business. Dans un show enregistré dans une vidéo devenue virale sur la toile, l’opérateur économique Hady Niangado, qui vient de créer son parti politique (MPM), il y a juste un an, et était, sur une liste d’alliance en Commune II du District de Bamako, colistier de Karim Keïta, fils du Chef de l’Etat, a affirmé sans prendre les gants, avec une franchise et une sincérité se voulant touchantes, devant les populations de la circonscription électorale de Kolondiéba (où il soutenait des leaders de sa formation politique) que « tous les candidats à la députation veulent être élus pour se faire du pognon ». Il a dévoilé au passage le montant total et les postes d’affectation des émoluments dont bénéficie le simple député malien (sans responsabilité). Le Peuple a pu alors découvrir, médusé, qu’un élu sans responsabilité à l’AN touche un émolument mensuel de 2 550 000F CFA (soit 153 millions en 60 mois), dont une prime de session de 900 000F CFA, des frais de représentativité de 500 000F CFA, un salaire de 300 000F CFA, contre un SMIG qui n’atteint pas 50000 FCFA au Mali.
A cet égard, notre peuple est aujourd’hui en avance sur nous, militants du changement réel, démocratique et progressiste, quant à la perception claire de l’appartenance de classe de nos dirigeants, partis, hommes politiques et de nos institutions qu’ils instrumentalisent à leurs fins. Il affirme partout : ” U te jamaa ni faso ko la, u be yereko de la !” (« Ils ne luttent pas pour l’intérêt général ni pour la Patrie, ils roulent pour leurs propres intérêts »). Alors, camarades, ne restons pas à la traîne et ne tirons pas en arrière notre peuple qui a déjà pris conscience !
Pour notre Peuple, les soi-disant opposants sont en réalités, par leurs actes, des « accompagnateurs », des « profiteurs » et des « soutiens solidaires » du système en place. Les étiquettes politiques qu’ils arborent, les discours démagogiques et les promesses mielleuses qu’ils font sont des masques qui cachent leur vraie nature mais leurs comportements de tous les jours les trahissent.
Il est certes indéniable que, sur le plan local, certains députés ont été effectivement le choix des populations, qui, en tous les cas n’ont pu voter sur des projets de société et des programmes politiques nationaux de partis (car elles ne les connaissent pas parce que les candidats ne se sont pas donné la peine de les leur expliquer). Ils ont été élus en reconnaissance de leur contribution à la résolution de leurs problèmes cruciaux (approvisionnement en eau potable, santé, éducation, emploi, etc.) là où l’Etat a brillé par son absence. Pour leurs mandants, l’origine des ressources financières qu’ils ont mobilisées importe peu, ils ont gagné leur confiance parce qu’ils ont toujours honoré leurs engagements. Et il n’y a aucune raison de douter que s’ils trouvent des possibilités concrètes, ils orienteront les politiques publiques et les décisions de gestion étatique vers l’amélioration des conditions de vie de toutes les populations de leurs circonscriptions électorales et le développement de leurs collectivités locales d’origine. Sauf que, fort malheureusement, tel n’est pas la logique d’ensemble du système politique qu’ils ont décidé de contribuer à maintenir, accompagner et soutenir. Des volontés individuelles et isolées ne pourraient pas inverser la tendance fondamentale d’un système. D’ailleurs, au Mali, le credo des députés n’est-il pas « Tout mandat impératif est nul » (disposition de la loi qui garantit leur indépendance vis-à-vis de leurs électeurs, de leurs groupes parlementaires et de leurs partis politiques d’obédience pour leur permettre de participer en pleine liberté aux prises de décisions concernant la Nation) ? Ou, plus prosaïquement : « On est « Député élu à Kolokani » mais pas « Député de Kolokani » ? En clair : un feu vert institutionnel donné aux élus pour oublier, sans éprouver le moindre remords, de se battre pour faire traduire dans la réalité par la Nation leurs promesses de campagne ! Bon nombre d’entre eux les jettent aux ordures et, durant tout leur mandat, ignorent l’existence physique même des citoyens qui les ont élus…jusqu’au scrutin électoral suivant. Et leurs émoluments parlementaires faramineuses ? Une prime à l’irresponsabilité !

Bambo Dabo de Kharifaya

Publication n°o4 du 21 mai 2020

Collectif pour la réflexion, le rassemblement et l’action patriotique (Corrap)

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