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Actualité Politique

Visite du premier ministre à Kidal : les promesses des Adrar

Mercredi 4 mars. Il est 5 heures du matin à l’aéroport Modibo Kéita. Exceptionnellement, il fait frais sur Bamako. A l’aéroport. Comme tous les jours, les gens se pressent en rang pour prendre un des multiples vols que la Minusma affrète au quotidien pour rallier les villes du nord. Pour le vol de ce mercredi, nous sommes un groupe de 5 journalistes à accompagner le Premier ministre à Kidal. Le premier ministre, Dr. Boubou Cissé, entame à partir de ce mercredi une visite de 4 jours à Kidal, Ménaka, Aguel-Hoc, Tessalit et Gao. Pour la circonstance, il y a au moins 7 ministres qui l’accompagnent.

Toute la délégation n’ayant pas de place dans l’avion militaire qui transporte la délégation, la Minusma a été sollicitée pour transporter les 5 journalistes.

Après les formalités à l’ancien aérogare aujourd’hui dédié aux vols domestiques, nous nous retrouvons à faire la queue pour emprunter un avion, un Antonov estampillé “UN”. C’est free-sit. A l’intérieur, on se croirait dans un vol commercial, un avion de ligne, sans les hôtesses, sans services à bord, avec juste un officier qui fait office de steward.

Après que tout le monde soit installé, dans un anglais à l’accent fortement tinté de russe, il souhaite la bienvenue aux passagers et précise que le vol jusqu’à Gao va durer 2 heures. Ce sera le seul échange du reste. Il s’installe et laisse tous les passagers se débrouiller.

L’avion décolle. On aurait attendu bien sûr, car, entre-temps, le Premier ministre est arrivé, il fallu attendre le décollage de son vol pour libérer le ciel.

Le vol jusqu’à Gao sera sans encombre. Juste à l’arrivée, nous sommes pris en main par une équipe de la Minusma, avec cependant une mauvaise nouvelle. Le vol ayant pris du retard, nous ne pourrions pas aller à Tessalit. Il faudrait donc rallier directement Kidal et y attendre le Premier ministre.

C’est un hélicoptère avec une vingtaine de places qui nous embarquera. Dedans, deux banquettes au confort approximatif, qui se font face. Un de mes compagnons, Serge Daniel, tout habitué qu’il soit, n’est pas à l’aise avec ces avions. On s’installe, la moitié de l’avion occupée par les bagages. L’officier steward est encore russe. Il distribue juste une fiche sur les règles de sécurité à bord et précise que le vol va durer 1h 30 minutes.

Il distribue également des casques contre les nuisances sonores, très poussées dans un hélicoptère. Quelques selfies, puis décollage. Fatigués, tout le monde s’endort presqu’aussitôt, malgré l’inconfort de la position.

Au temps indiqué, on voit apparaître Kidal. Surprise ! Vue du ciel, la ville, en moins de 5 ans, a considérablement grandi. Elle n’a plus son aspect de bourgade perdue dans le sable. Les constructions en dur, et en hauteur, apparaissent un peu partout aux côtés des affleurements de pierres noires, des granits, caractéristiques de la ville.

Après les formalités, comme à tout aéroport, nous sommes accueillis et escortés avec chaleur par des responsables des Mouvements armés ; dont Najim, le chef d’Etat-major de la CMA en personne ! L’accueil est chaleureux, la joie n’est pas feinte.

Sur la route, un dispositif sécuritaire impressionnant. Des porteurs d’uniformes à chaque carrefour, des RPG7 montés sur des pick-up. Enturbannés et droits à leur point de jalonnement. Nous sommes conduits et hébergés dans une aile du gouvernorat, pas la résidence, mais dans la cour même de l’administration. Le bâtiment est neuf. Il n’y a pas d’eau. Pas d’électricité non plus. Des techniciens s’affairent autour d’un container. On apprend que c’est un groupe prêté pour la visite du Premier ministre par la Minusma. Un carburant frelaté acheté en Algérie a mis le groupe d’EDM hors service. Kidal est privé de courant depuis 15 jours.

Le Premier ministre, Chef du gouvernement, ministre de l’Economie et des Finances, arrive après l’étape de Tessalit dans l’après-midi. Nous avions eu assez de temps pour nous reposer, discuter avec nos hôtes, pris connaissance du programme et même faits quelques rencontres. Pour cela, j’ai les meilleurs compagnons. Serge Daniel, surnommé ici “vice-Aménolocal”, Kassim Coulibaly de Klédu qui est permanemment ici, Makan Koné, fils de gendarme, ayant commencé sa scolarité à Kidal et qui redécouvre son école “presqu’inchangé”, et Chahana Takiou, jamais dépaysé.

Le Premier Ministre est accompagné des ministres de l’Administration territoriale et de la Décentralisation, Boubacar Alpha Bah, de la Défense et des Anciens Combattants, le Général de Division Ibrahima Dahirou Dembélé, de la Cohésion sociale, de la Paix et de la Réconciliation nationale, Lassine Bouaré, de la Santé et des Affaires sociales, Michel Hamala Sidibé, de l’Artisanat et du Tourisme, Mme Nina Walett Intallou, de Touré, le ministre des sports, le ministre du Commerce Ag Erlaf, ainsi que du Secrétaire d’Etat à l’Enseignement bilingue, Moussa Ba.

Des partenaires techniques et financiers représentés par l’Union européenne, l’Agence française de Développement, la Banque mondiale, la Banque Ouest- Africaine de Développement entre autres, sont également dans la délégation. On remarque la présence de l’adjointe à Anadif, le Représentant du secrétaire général des Nations-Unies. On nous explique que c’est à cause de sa présence qu’il y a un déploiement des forces internationales. Sinon, entre nous Maliens, on se passerait d’eux.

A son arrivée, la délégation a été accueillie par les autorités intérimaires de la région, le gouverneur et un détachement de l’armée reconstituée désormais positionnée à Kidal.

Les populations ont également tenu à faire le déplacement pour témoigner leur soutien à cette visite du Premier ministre. Parmi les banderoles, une les amies de Nina Walletqui souhaitent la bienvenue au Premier ministre. La ministre du Tourisme et celui du Commerce Ag Erlaf offriront d’ailleurs chacun un bœuf au Premier ministre. Les deux bœufs iront améliorer l’ordinaire de l’Armée reconstituée déjà installée au Camp II.

Avant de prendre ses quartiers à la résidence du Gouverneur, le Premier ministre a rendu une visite de courtoisie aux notabilités réunies chez l’Amenokal. Sur place, il y avait l’ensemble des leaders communautaires et chefs de fraction de la région.

Au deuxième jour, a fait une série de visites : au siège du Conseil de l’Adagh pour des échanges autour de la situation du pays en général et de la région de Kidal en particulier.

Ce fut l’occasion pour le Premier ministre de faire avec le Chef de l’exécutif régional, le point de la situation politique, administrative, sécuritaire et socio-économique de la région. La visite s’est poursuivie à la Direction nationale de la Santé de Kidal, au lycée public Attaher Zag Illy.

Le Premier ministre, Chef du gouvernement, ministre de l’Economie et des Finances, a rendu une visite au détachement de l’Armée reconstituée des FAMas stationnée au Camp Général Abdoulaye Soumaré de Kidal. Il avait à ses côtés, les partenaires techniques et financiers représentés par l’Union européenne, l’Agence française de Développement, la Banque mondiale, la Banque Ouest- Africaine de Développement ainsi que les responsables de la CMA présents dans le cadre de la mise œuvre du Mécanisme Opérationnel de Commandement (MOC).

Le chef de bataillon de la Nouvelle armée reconstituée basée à Kidal, Mamadou Kéita, a remercié les autorités intérimaires et administratives, les signataires de l’Accord pour la Paix et la Réconciliation issu du Processus d’Alger. Il a adressé une mention spéciale à la population de Kidal pour son hospitalité. Il a enfin souhaité la bienvenue à l’ensemble de la délégation.

Le Premier ministre, Dr. Boubou Cissé a en retour, rendu hommage à ce Commandant de compagnie pour sa bravoure et son engagement au nom de la République. L’officier avait en effet été grièvement blessé à Kidal en 2012, lors de l’avancée djihadiste contre les positions des Famas. Malgré tout, il a été volontaire pour revenir.

Boubou a visité le phare de Kidal, un lieu où a été détenu l’ancien président Modibo Kéita. Il s’est du reste engagé à réhabiliter son cachot, encore debout.

A n’en pas douter, cette visite a rempli ses attentes. Les mouvements signataires, les autorités administratives, les sociétés civiles, les chefferies traditionnelles, tous ont exprimé leur envie et leur volonté de voir revenir la paix. Rapidement.

Alexis Kalambry

(envoyé spécial)

Source : Mali Tribune

 

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