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Viande de chien : les jeunes s’en délectent

Si pour la majeure partie de la population, elle est vue avec méfiance, voire répulsion, sa consommation commence à faire de plus en plus d’adeptes dans le milieu juvénile de la capitale

La cynophagie qui est la consommation de la chair de chien comme aliment est acceptée dans certaines sociétés ouest africaines. Dans le pays bwa, c’est normal de voir un homme conduire sa meute de chiens vers un marché, comme son cousin peul son troupeau de vaches dans le Gourma. Mais quand la pratique fait irruption dans une capitale en milieu juvénile, elle inspire forcément des questions, des méfiances. Pourquoi des jeunes consomment-ils de la chair canine ? Cette chair est-elle dangereuse ? Est-ce légal de consommer de la viande de chien ?

Le récit désopile encore la rate dans les grins. Mais, dans le rang des spécialistes, des cynophiles (amoureux du chien)… il inspire inquiétude et étonnement. « Une seule morsure ou griffure de chien enragé ! C’est fini ! Vous avez la rage ! », mettent en garde les premiers. « Mais qu’est-ce qu’un adolescent de la ville peut trouver de mieux dans la chair canine qu’il ne trouverait dans la chair halal ?», s’interrogent les seconds. Attardons-nous un peu sur cette question. En fait, la plupart de ces fous de « Bâni koudjan » (chèvre à la longue queue, pseudonyme que ces jeunes donnent au chien) fument de l’herbe, s’humectent le gosier et aiment la charogne. Il faut sans doute voir à travers le prisme de ces substances (l’alcool et l’herbe) pour aimer la chèvre à la longue queue.

Nom de code désignant la chair canine à laquelle un amour sans borne lie désormais certains jeunes. Ils chassent les chiens qui errent, n’hésitent pas à abattre le chien du voisin parfois. Le soir, ils en font un souper. Terme qui convient puisqu’ils attendent l’endormissement de tout le quartier pour mettre la marmite sur le feu. « Un soir, je suis rentré tardivement. Dans la rue un groupe de jeunes qui s’apprêtaient à banqueter m’ont invité.

Ces jeunes ont apporté leurs animaux de compagnie lors d’une campagne de vaccination contre la rage

Je pouvais voir des miches de pain qu’ils faisaient circuler et sentir l’odeur de la sauce. Je n’ai pas accepté. Alors l’un d’eux m’a lancé, ou bien tu ne manges pas bâni koudjan ! ». C’est là que j’ai su de quoi il s’agit, nous explique Jacob qui tient un salon de coiffure à Dravéla-Bolibana.

Son oncle avec qui il travaille témoigne lui aussi. « Dans mon quartier à Kanadjiguila, je suis obligé d’attacher mon chien et de le garder, c’est bizarre non. Sinon il finit dans leur assiette, comme ceux de mes voisins », rigole-t-il. Cette conversation qui se passe dans le salon de coiffure à Dravéla-Bolibana, tire un client du silence. Sur son visage, on peut sentir un étonnement profond.

« Hé ! Hé ! Mes chiens ont disparu aussi ! », s’exclame-t-il avant de retomber dans son silence. « Je me demande ce qui se passe dans la tête de ces gamins », s’interroge l’oncle de Jacob que la détermination de ces individus étonne. Un jour, mes voisins et moi avons reçu un message très clair quant à leur détermination, déclare-t-il. « Le matin, nous avons aperçu deux têtes de chiens suspendues au mur de l’école voisine. Disparus la veille, ils appartenaient à des voisins. Ils les ont abattus, puis mangés avant d’exhiber leur tête comme des trophées. Pour moi ce message est clair, ils montrent qu’ils ne vont pas s’arrêter. C’est pour ça que je ne laisse plus mon chien sortir», nous raconte-t-il.

Pour rencontrer ces jeunots au goût bizarre, il faut des intermédiaires. Des gens avec qu’ils ont au moins une chose en commun. Comme Souleymane qui fume du haschisch avec eux, mais affirme ne jamais toucher à la chair canine. « Ma religion me l’interdit. Manger du chien ? Mon père me tuerait !», s’écrie-t-il. C’est grâce à lui qu’on arrive à parler directement à un « cynophage ». Le jeune homme nous reçoit devant son lieu de travail, un atelier de maintenance informatique. « Je ne vous dirai pas pourquoi je mange ça, je suis libre de manger ce que je veux», «D’ailleurs, je ne parle pas aux Hindous », dit-il en disparaissant avec un clavier d’ordinateur qu’il finissait de nettoyer. Souleymane nous explique plus tard que les « Hindous » comme il dit, sont ceux qui s’occupent des affaires des autres et puis les racontent partout.

Quid de l’approvisionnement à Bamako en chair canine ? Précisons d’abord que l’espèce canine ne fait pas partie des animaux d’abattage selon l’arrêté interministériel N° 2017-2298. Donc interdite de consommation. Mais, selon le Dr Modibo Ongoïba, chef division inspection santé publique vétérinaire à la direction nationale des services vétérinaires, l’article 2 de la même décision exécutoire prévoit une dérogation. « Les ministres chargés de l’élevage et de la pêche peuvent autoriser, à titre exceptionnel, les abattages des espèces canines dans un but commercial, dont les produits et denrées sont destinés à l’exportation », explique-t-il. En précisant que l’abattage dans ce cas se fait dans les abattoirs ou dans les aires d’abattage. Pour certains « cynophages » de la capitale, en l’occurrence les plus jeunes, la méthode d’approvisionnement est simple. On prépare un guet-apens et on prend le chien du voisin ou le chien qui erre. La denrée est assurée.

Mais ailleurs, précisément à Sébénicoro-Poste, il y a un semblant d’organisation. Dans une horrible buvette faite de tôles, perdue entre les garages, cette chair se vend comme du petit pain. C’est là que s’approvisionne Papa, un apprenti-chauffeur. « Même aujourd’hui, j’aurai ma dose là-bas. Parfois, je me fais livrer toute crue, car je prépare mieux la viande », nous explique-t-il. Mais hors de question pour lui de parler de sa livraison spéciale.

Il ne pipe un mot de ses livreurs, ni de la provenance de la marchandise. « Moi j’aime la viande de chien, c’est de la bonne viande », dit-il. « Certains la préfèrent car elle soigne des maladies intérieures », prétend son compagnon, un Burkinabé pour qui le foie de chien se paye cher à cause de ses vertus curatives. Manger de la chair canine est-elle dangereuse ? Le Dr Ongoïba rappelle que c’est illégal.

Mais sa consommation, selon lui, ne rend pas malade. « Le danger réside plutôt dans la manipulation de l’animal qui par la morsure ou la griffure peut transmettre certaines maladies comme la rage, le tétanos, la gale, la leptospirose », prévient-il, avant de rappeler que l’espèce canine ne fait pas partie des animaux d’abattage, donc sa consommation n’est pas légale. Mais, on peut estimer qu’elle est tolérée pour certaines communautés et sa consommation fait partie de leurs habitudes culinaires. Dans certains pays asiatiques, la consommation de la viande de chien fait partie des délices de la cuisine traditionnelle.

Khalifa DIAKITÉ

Source : l’Essor

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