Société

Tour de Lassa : Le Mali, ce grand malade que tous les fils aiment au point de le voir mourir

Ce samedi 15 mai 2021, nous avons eu le plaisir de retrouver à Lassa (sur les hauteurs de la commune IV de Bamako) notre «Tour» que la maladie nous avait contraint d’abandonner ce dernier trimestre. Un retour dicté par le désir de respirer de l’air pur, de retrouver un peu de quiétude, mais aussi et surtout par l’actualité nationale marquée par la démission du gouvernement la veille et la menace de grève de l’Union nationale des travailleurs du Mali (UNTM). Que de nuages sombres observés ce jour sur un pays (les événements survenus le 24 mai 2021 et leur suite l’ont prouvé)  que tous les fils et filles disent aimer, mais qui ne parviennent pas toujours à le mettre au-dessus de leurs propres intérêts.

«Pitié pour le Mali» ! C’est le cri de cœur de mon ami Alassane Barro pour signer certaines de ses publications. Cela peut ressembler à une litanie faisant sourire beaucoup d’entre nous. Et pourtant, elle  doit nous exhorter à la réflexion et surtout nous pousser à nous poser la question : Aimons-nous réellement et sincèrement ce pays ? Si oui (nous serons beaucoup nombreux à répondre oui de façon hypocrite) que faisons-nous pour lui prouver cet amour ?

Mais, je vous retourne la question : combien sommes-nous à réellement aimer ce pays ? Vous ne devez pas être nombreux pour agir en sa faveur ou vous vous croyez impuissants contre la masse de prédateurs et de cols blancs déguisés en politiciens, en syndicalistes, en fonctionnaires vertueux, en consultants, en opérateurs économiques… pour le dépecer et se le partager…

Et depuis la Révolution de 1991, c’est le partage des meilleures parties de l’hippopotame (Mali en bamanan) qui est la base de toutes nos crises politiques et sociales. Nous savons que ceux qui ont le droit de se révolter, de prendre la parole pour se plaindre et pour dénoncer la mauvaise gouvernance… n’y pensent même pas. Et cela parce qu’on leur fait toujours croire qu’on se bat pour eux et non qu’on fait tout pour leur ôter le pain de la bouche.

Très rares sont ceux qui s’agitent aujourd’hui dans l’arène politique ou syndicale et qui se battent réellement pour que les paysans maliens vivent mieux de leur sueur ; pour soulager les femmes rurales ; pour redonner espoir à la jeunesse rurale en lui prouvant par des actes concrets qu’elle n’a pas besoin de venir croupir dans la misère citadine ou de se lancer à l’assaut du Sahara et de la Méditerranée pour se réaliser…

Depuis 30 ans, ils sont là à nous berner et à nous opposer pour mieux se servir. Ils se servent de nous (du peuple et surtout de la presse) pour régler leurs comptes. Il ne faut pas se voiler la face, les rivalités politiques et syndicales qui nous empêchent de nous concentrer sur les vraies préoccupations du peuple, sur les vrais défis de développement du pays… ne sont en réalité que des règlements de compte entre des mégalomanes cupides et gourmands qui veulent se positionner voire se repositionner pour continuer à avoir leur part du gâteau.

Ils s’en veulent souvent à mort pour des histoires de postes, de gros contrats dont les dividendes ont été mal gérées, des intérêts contrariés par des décisions politiques ou administratives… Si ce n’est pas tout simplement pour une histoire de fesses. Oui, au entre des disputes politiques de nos jours, il y a généralement deux choses : l’argent et les fesses ! Cela se manifeste par l’égoïsme exacerbé, l’hypocrisie, la méchanceté sous toutes ses coutures… Et croyez-moi, dans ces milieux (politique et syndical) on a la rancune tenace.

Une génération de politiciens plus divisée par leurs propres intérêts que par leurs visions de développement du pays

Comme le disait récemment un intellectuel du pays, les leaders de cette «génération de 91» ont plus de «problèmes personnels» à régler entre eux que d’amour pour leur pays. Ce n’est pas le président déchu, Ibrahim Boubacar Kéita dit IBK qui lui dira le contraire. Il a été fragilisé par les manifestations d’un Mouvement du 5 Juin-Rassemblement des forces patriotiques (M5-RFP) dont les leaders les plus influents avaient une dent personnelle contre lui pour avoir contrarié leur dessein politique ou leur avoir ôté le pain de la bouche.

Et ce sont les mêmes qui s’agitent encore devant les médias parce que leurs desseins ont une nouvelle fois été contrariés par la junte qui a renversé le pouvoir le 18 août 2020. Et parce qu’ils sont convaincus qu’ils sont les seuls Maliens légitimes à tracer les lignes directrices de la transition et à piloter le processus. Tout le boucan qu’ils font, c’est juste parce qu’ils n’ont pas eu la présidence et le fauteuil de Premier ministre de Transition. Cela leur aurait permis afin d’être des décideurs de plein pouvoir pour décider de l’avenir du pays. Ils reprochent aujourd’hui aux «Colonels» de vouloir mettre leur homme à la tête du pays.

C’est exactement ce qu’ils auraient fait eux s’ils avaient réussi à intimider les Colonels et à les éloigner de la gestion de la transition. On a toujours tendance à prêter aux autres ses propres intentions. Diaboliser ceux qui ont réellement l’amour du pays afin de mieux servir ses intérêts est l’une des stratégies les mieux utilisées par cette génération de politiciens et de syndicalistes qui se sentent plus «Maliens» que les Colonels voire tous leurs autres concitoyens.

Nous sommes loin d’être d’accord avec la politique de promotion à outrance des militaires à des postes de responsabilité. Mais, ayons aussi le courage de se dire en face que «Colonel» n’est pas une fonction, mais un grade. Un Colonel peut-être un administrateur chevronné, un médecin (généraliste ou spécialiste) consciencieux, un ingénieur émérite, un économise hors pair, un fin connaîsseur des relations internationales…

Parce qu’il est Colonel faut-il le priver de l’opportunité de se mettre au service de son pays sur un autre terrain que celui de la guerre ? Quelle est la preuve que nous, les civils, sommes plus consciencieux et plus compétents qu’eux à ces postes de responsabilité ? Tout cela est un faux débat pour nous distraire de nos vraies préoccupations et des défis réels du pays.

Un débat politique biaisé

C’est d’ailleurs la finalité du débat politique depuis l’instauration de la démocratie. Sinon les vrais problèmes du Mali d’aujourd’hui sont connus. Et les acteurs de 90 doivent rendre compte parce que ce sont eux qui ont créé tous ces problèmes qu’ils veulent ironiquement imputer aujourd’hui aux autorités de la transition.

Mais ces gens profitent de votre silence, de notre silence parce qu’ils pensent que nous continuons à être dupes de leurs mensonges, de leur démagogie. Oui, de vous qui aimez ce pays et qui souffrez dans votre cœur et dans votre âme à chaque saignée de la patrie. Leur courage à nous berner et à nous nourrir d’illusion se nourrit de nos peurs, de notre incapacité à les regarder dans les yeux pour leur dire : Vous mentez !Vous vous battez pour vos ambitions personnelles et non pour une meilleure gouvernance du pays, pour le bien-être socioéconomique de la majorité !  Et comme le disait si bien un compatriote, «c’est le silence coupable des excellents qui rend audible le bruit des médiocres».

Face au péril actuel, il ne s’agit plus de se révolter, de s’offusquer ou de s’indigner sur les réseaux sociaux, mais d’agir ! D’occuper le terrain politique et de conquérir l’espace médiatique pour vous faire entendre ; faire entendre la vraie voix du peuple. Il est clair que chacun des rares Maliens qui aiment encore ce pays a sa lecture des difficultés, sa vision des défis à relever pour évoluer vers l’émergence. Et naturellement qu’ils se méfient les un des autres parce que ces dernières années «le Malien est devenu très faux» par hypocrisie.

Mais, il faut créer un cadre propice à une discussion franche et sincère pour mieux se connaître et se comprendre afin d’avancer vers la lumière dont le Mali a plus que jamais besoin aujourd’hui pour sortir enfin de l’impasse dans laquelle il est embourbé depuis la Révolution de mars 1991.

Il faut surtout méditer cette citation qu’un affabulation a attribué à Voltaire (François-Marie Arouet) : «Le voleur ordinaire est celui qui vous vole votre argent, votre portefeuille, votre vélo, votre parapluie… Le voleur politique est celui qui vous vole votre avenir, vos rêves, votre savoir, votre salaire, votre éducation, votre santé, votre force, votre sourire … La grande différence entre ces deux types de voleurs, c’est que le voleur ordinaire vous choisit pour vous voler votre bien, tandis que le voleur politique, c’est vous qui le choisissez pour qu’il vous vole. Et l’autre grande différence, qui n’est pas des moindres, c’est que le voleur ordinaire est traqué par la police, tandis que le voleur politique est le plus souvent protégé par une escorte de police» !  Il ne tient aujourd’hui qu’au peuple de mettre fin aux trente ans de règne des voleurs politiques. Et le bulletin de vote est la meilleure arme pour ce faire !

Que Dieu bénisse notre pays et le mette à l’abri de toutes les convoitises malsaines ! Qui ose encore me rappeler ce vers qui conclut la fable «Le Chartier embourbé» de Jean de La Fontaine : «Aide-toi, le ciel t’aidera» ?

Bolmouss le matin

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