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Sommet du G5 Sahel : l’opération Barkhane en 3 questions – MALI CANAL
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Sommet du G5 Sahel : l’opération Barkhane en 3 questions

Emmanuel Macron retrouve, en visioconférence, les chefs d’Etat du G5 Sahel ce lundi pour une réunion décisive pour l’avenir de l’opération militaire lancée il y a huit ans. Un «réajustement» du dispositif est à l’étude.

Par Henri Vernet
Le 14 février 2021 à 15h27, modifié le 14 février 2021 à 17h53

Ce lundi 15 février s’ouvre un sommet décisif pour l’avenir de l’opération Barkhane, réunissant Emmanuel Macron et les chefs d’Etat du G5 Sahel (Mali, Niger, Burkina Faso, Tchad et Mauritanie). En raison du « contexte sanitaire » lié à l’épidémie de Covid-19 et parce que, les frontières étant fermées, « il s’applique les mêmes contraintes que les Français », le président de la République ne se rendra pas à N’Djamena, la capitale tchadienne, mais participera à la réunion en visioconférence depuis l’Elysée.

S’il n’est pas question de retrait des troupes françaises, un « réajustement » du dispositif pourrait être annoncé. Trois questions pour faire le point.

1. Quel bilan pour Barkhane, huit ans après ?

Le 11 janvier 2013, le président François Hollande déclenchait l’opération Serval à la demande du gouvernement malien pour stopper l’offensive de katibas – bataillons – djihadistes menaçant la capitale malienne, Bamako. De quelques centaines d’hommes au début, des forces spéciales notamment, les troupes françaises sont passées au nombre de 5100 depuis le « surge » (sursaut) ordonné par Emmanuel Macron en janvier 2020, avec le renfort de 600 soldats. « Si nous sommes toujours présents au bout de huit ans, c’est parce que le projet des groupes armés terroristes (GAT), alliés aux grandes centrales que sont Al-Qaïda et Daech, est inchangé : faire régner la charia », explique la ministre des Armées Florence Parly.

Le bilan de Barkhane (qui remplaça Serval en 2014) est contrasté. D’un côté, des « succès tactiques » indéniables, avec la « neutralisation » (élimination en langage militaire) de cheikhs importants et de nombreux djihadistes, le quadrillage de zones dans la région ultrasensible des Trois frontières (Mali, Burkina Faso, Niger), l’aguerrissement des armées locales sahéliennes et la (trop) timide mise en place d’opérations de développement durable pour tenter de « fixer » les populations. « Le surge a permis de sauver une deuxième fois le Sahel », vante-t-on à l’Elysée.

Sommet du G5 Sahel : l’opération Barkhane en 3 questions
Pourtant, cet épicentre du terrorisme reste fragile et mouvant : « Si on se replie, demain tout repart », admet un haut gradé. Le groupe Etat islamique au Grand Sahara (EIGS), vassal de Daech, est affaibli et divisé, « ses assauts par des nuées de motos et pick-up contre des camps militaires sont plus rares et moins efficaces », selon le cabinet militaire de Florence Parly. Mais le RVIM (Rassemblement pour la victoire de l’islam et des musulmans) du chef touareg Iyad Ag Ghali, affilié à Al-Qaïda, prospère sur sa forte implantation locale. « Plus structuré, organisé en émirats et katibas coordonnant leurs actions, ce groupe est responsable de la plupart des pertes (françaises, NDLR), commet des exactions contre les populations, enrôle de force des combattants », confie le général Marc Conruyt, commandant de la force Barkhane, pour qui « Ag Ghali est notre ennemi le plus redoutable ». « La haute hiérarchie du RVIM est dans notre cible », assène une source élyséenne. Laquelle précise que les autorités maliennes, réticentes jusqu’ici, approuveraient ces éventuelles « neutralisations ».

2. Un sommet pour quoi faire ?

« Pour mettre un coup de pression sur la machine », lâche en « off » un diplomate. Dans le viseur de Paris, les gouvernements locaux qui n’en font pas assez pour le retour de l’Etat – policiers, instituteurs, administration – dans les immenses régions livrées aux terroristes. « Car il n’y aura de victoire que politique, répète-t-on comme un mantra au ministère des Armées. Or ces Etats sont pauvres, fragiles, il faut les aider économiquement, les appuyer par la formation, tout mener de front. Exemple, la bancarisation de la solde des militaires maliens, pour éviter qu’elle s’évapore au long de la chaîne de paiement ». Paris juge néanmoins que « les lignes bougent », avec des signaux comme la réfection de marchés ou de postes de police, la reprise d’une liaison aérienne vers des localités du nord malien ou la coopération efficace avec la junte de colonels qui a renversé le pouvoir civil à Bamako (tout en insistant sur l’impératif d’organiser des élections au plus vite).

Dans ce contexte, et avec l’accroissement des menaces djihadistes vers d’autres pays africains, un repli partiel de Barkhane est-il vraiment imminent ? « Une réflexion est en cours sur le réajustement, le président la mène en lien avec ses homologues sahéliens », répond-on à l’Elysée. Sur le terrain, le général Conruyt se borne à répondre qu’on sera fixé « à la grande relève des troupes en mars »…

Reste qu’en France le soutien à Barkhane faiblit : pour la première fois un sondage Ifop, réalisé début janvier après la mort de cinq militaires – dont une femme – tués par des engins explosifs à quelques jours d’intervalle a donné une courte majorité, 51 %, désapprouvant l’opération. Ce déploiement massif et coûteux au Sahel (près d’un milliard d’euros par an), alors que ces groupes n’ont encore jamais frappé sur le sol français, contrairement aux terroristes ayant organisé depuis la Syrie les attentats de 2015, sera un enjeu de la présidentielle de 2022. Les accusations de « bavures », même catégoriquement démenties par l’état-major et la ministre, comme récemment sur une frappe de Mirage qui aurait atteint des civils dans le village malien de Bounti (où une enquête de l’ONU a été ouverte), sèment le trouble en Afrique et en France dans une guerre qui est aussi de propagande, avec tout le poids d’Internet et des réseaux sociaux.

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VIDÉO. En 2019, dans l’enfer d’un sanctuaire djihadiste avec les soldats français

3. L’Europe peut-elle s’engager davantage ?

Rien n’agace plus à Brienne (qui abrite les bureaux du ministre des Armées) que d’entendre « la France est seule au Mali », l’Europe se tenant à l’écart de ce conflit local. Marginale au départ, la présence européenne monte lentement en puissance, qu’elle soit motivée par la solidarité entre membres ou par le lien fait avec l’afflux de migrants sur le Vieux Continent.

L’aspect le plus spectaculaire est la Task Force Takuba, des groupes de forces spéciales européennes vouées à accompagner au combat leurs homologues maliens, nigériens, etc. Une quarantaine d’Estoniens, 60 Tchèques et 150 Suédois avec des hélicos et un avion tactique se trouvent sur le terrain, des Italiens sont attendus et des offres de service sont venues des Pays-Bas, du Danemark, du Portugal, de Hongrie, d’Ukraine, de Slovaquie et de Grèce.

« Débarqués en juillet, les Estoniens accomplissent désormais des missions de combat avec Barkhane et les FAMA (Forces armées maliennes), se félicite un officier. Projeter au Sahel des soldats venus du fin fond de l’Europe n’a rien d’intuitif, et à l’échelle de leurs armées nationales – 6000 pour l’Estonie – c’est un effort considérable. » Si l’Allemagne participe au soutien logistique et à la mission des Nations unies (Minusma, distincte de Barkhane), elle ne fournira pas de troupes à Takuba, sa Constitution prohibant l’envoi de combattants dans toute opération hors mandat de l’ONU.

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