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ALERTE Economie

Rebondissement dans l’affaire Bakary Togola : le PDG de la CMDT, Baba Berthé, accuse Boubou Cisse dans la disparition des 18 milliards du fonds de soutien des cotoncultureurs

Bakary Togola, président de l’Union nationale des syndicats de producteurs de coton (UNSPC), est en prison depuis bientôt une année pour une affaire de détournement de 9 milliards de ristournes dus aux paysans. Apparemment, il n’est pas le seul impliqué dans ce dossier scandaleux, du moins si l’on croit les propos du PDG de la Cmdt, Baba Berthé, qui jusque-là, s’est montré peu bavard sur le sujet. La semaine dernière, il est passé aux aveux devant les paysans à Ouélessebougou. Il accuse ouvertement l’actuel Premier ministre et ministre de l’Économie et des Finances d’avoir pris part à la gestion du fonds volatilisé.

« La Cmdt ne gère pas le fonds de stabilisation destiné à soutenir les producteurs de coton. Ce fonds est géré par le ministère des Finances et le GIE des producteurs de coton… Cette année, il n’y a rien dans ce fonds.», se confesse Baba Berthé dubitatif et cherchant ses mots devant une assemblée de paysans de Ouélessebugou chauffés à blanc. Dans cet exercice hautement périlleux, le PDG de la Cmd tétait accompagné de la DGA de l’Ohvn, Diallo Mah Koné, du président par intérim du C-Scpc (Confédération des sociétés coopératives des producteurs de cotons), Bakary Dembélé. Annoncée et reportée à plusieurs reprises, cette rencontre du PDG de la Cmdt avec les producteurs de coton de la zone Ohvn de Ouélessebougou, a finalement eu lieu le 30 mai 2020  dans la capitale du Djitoumou.

L’ambiance était électrique, ce samedi 30 mai, entre les cotonculteurs et les responsables de la Cmdt. Face aux paysans très remontés à cause de la chute du prix du coton de 275 FCFA à 200 FCFA et qui menacent même de ne pas cultiver cette année, Baba Berthé a perdu ses moyens. Il passe très vite aux aveux pour tenter d’expliquer les raisons de la baisse du prix du coton et la mystérieuse disparition du fonds de soutien et de stabilisation qui aurait dû absorber le gap financier cette année. Il s’est dédouané pour enfoncer l’actuel Premier ministre et ministre de l’Economie et des Finances et Bakary Togola, déjà en prison, d’être les gestionnaires du fameux fonds scandaleux. Ce qui a laissé plus d’un interloqué, car beaucoup pensaient que la Cmdt gérait ce fonds avec l’Union. Cependant, les paysans ne se sont toujours pas décidés pour la campagne cotonnière en cours.

En effet, avec un objectif de production de plus de 800 000 tonnes, la campagne cotonnière 2020-2021 s’annonce sous de mauvais auspices et risque fort d’accoucher d’une souris. Et pour cause, déjà, face à la chute spectaculaire du prix du kg du coton et la hausse du coût du sac d’engrais à 18 000F, les producteurs de l’or blanc, indignés, menacent de sceller les serrures des magasins de semences et de se passer de la culture du coton. Au banc des accusés, la Compagnie malienne pour le développement des textiles (Cmdt) est pointée du doigt pour sa mauvaise communication et d’avoir caché toute la vérité aux paysans sur la commercialisation du coton et la subvention des intrants. Mais aussi et surtout sur la disparition miraculeuse du fonds se stabilisation du prix du coton qui aurait permis d’éviter la chute du prix du coton. De ce fait, prise au piège dans son propre jeu, la  Cmdt se retrouve aujourd’hui dans une situation très inconfortable.

La réalité, c’est que la holding, considérée comme le fleuron du secteur agricole et réputée d’être le symbole  de la souveraineté économique  du pays, est au bord du gouffre. A  cause du cumul d’impayés estimés à plus de 100 milliards de nos francs  que le Gouvernement lui doit pour avoir garanti depuis 4 ans à la Bnda, les subventions des intrants agricoles, la Cmdt  veut se rabattre sur les producteurs du coton pour assurer sa survie. C’est pourquoi, elle continue de berner les paysans en menant une campagne de sensibilisation dans ses différentes filiales. L’objectif, c’est de mettre les paysans devant le fait accompli au moment des récoltes. Les missions interminables conduites par le PDG de la Cmdt, Baba Berthé, dans les zones de productions, en disent long. Ce samedi, à Ouélessebougou, la rencontre était tout sauf populaire. Puisqu’elle était attendue de pied ferme par les paysans, la délégation de Bamako a joué la carte de la prudence. C’est ainsi qu’en présence des autorités locales, la réunion s’est hélas voulue plutôt restreinte. Seuls quelques représentants de la C-Scpc de 5 secteurs ont été conviés pour parler au nom des centaines de producteurs, alors que les gens pensaient à un grand  rassemblement. Il s’agit notamment de Ouélessebougou, Gouani, Dangassa, Sirakorola, et Koulikoro. En effet, sur les 30 000 tonnes de production cotonnière assignées à l’Ohvn, 7000 sont du ressort de la zone de Ouélessebougou. C’est pourquoi, au delà d’un exercice habituel qui consiste à échanger avec les paysans sur la stratégie de mise en œuvre pour l’atteinte des objectifs de la campagne 2020-2021, cette  mission délicate du patron de la Cmdt avait un caractère spécial. Car, il s’agissait surtout pour le Pr Berthé d’éteindre le feu en apportant des arguments solides pour convaincre les paysans sur les raisons qui motivent la baisse du prix du kg du coton sur le marché et la hausse du prix de l’engrais. Cette situation continue de créer la confusion et l’incompréhension dans le milieu rural. Pourtant, le temps presse. Et les semences de coton, selon les techniciens agricoles, s’étendent du 1er au 30 juin. Or, la pluie n’attend personne. Le mal semble déjà fait selon des acteurs et producteurs rencontrés.

Le mea culpa de l’Ohvn

 Pour calmer la tension palpable dans la foule, la DGA de l’Ohvn s’est aussitôt mise à jeter des fleurs aux producteurs de coton de la zone. Selon elle, malgré la  baisse de la pluviométrie pour la campagne 2019-2020, la production a été au rendez-vous. S’agissant de la baisse du prix du coton de la campagne 2020-2021, Diallo Mah Koné, en manque d’argument, est allée jusqu’à accuser le bon Dieu : « le changement vient de Dieu.», se lamente-t-elle. Invitant les producteurs de coton à la retenue, elle les a encouragés à respecter les bonnes pratiques agricoles préconisées par les encadreurs.

La Cmdt dos au mur, le PDG en sauveur de meubles !

 Acculé et désemparé, c’est par des excuses présentées aux producteurs de coton que le PDG de la Cmdt a introduit son discours monotone au goût des paysans. Tout comme la DGA de l’Ohvn, Baba Berthé,  la tête baissée et les mots pesés et surpesés, a tenté de caresser les producteurs révoltés dans le sens du poil. Abordant difficilement le vif du sujet, raison de la rencontre, il a laissé entendre : «  C’est avec autant de pitié et d’amertume dans le cœur que nous venons à la rencontre de nos proches pour parler de la baisse du prix du coton. Cette mission est une obligation. Jamais, ce n’est pas notre souhait que les prix des engrais soient montés ainsi. Nous sommes tous des fils de paysans ». En ce qui concerne les difficultés liées à la gestion des engrais, le Pr Berthé a d’abord soutenu que le paysan en général et le producteur du coton en particulier a droit au soutien. Ensuite, il  a reconnu que l’engrais  destiné au monde paysan se retrouve souvent  ailleurs. Toutefois, il a rappelé que depuis 11 ans, l’engrais est subventionné par le gouvernement. Cependant, comme dans un cours magistral, le Professeur de droit public de son état a expliqué: «  Ni la  Cmdt ni l’Ohvn n’achète l’engrais pour les producteurs de coton. C’est le GIE ; composé de professionnels du secteur du coton qui le commande ».

A cet effet, il a affirmé que depuis 4 ans, la Cmdt qui garantit et qui supporte le montant de la subvention des engrais auprès de la Bnda n’a encore été remboursée. A l’entendre, c’est une question de plus de 100 milliards de FCFA. Or, selon lui, à cause de la crise sécuritaire au nord, cette année, le gouvernement a annoncé qu’il n’a que 10 milliards de FCFA pour aider les paysans. A l’entendre, ce montant ne peut pas permettre aux producteurs de se procurer le sac de 50 kg subventionné à 11000f en vigueur. Devant cette situation, il a noté que la Cmdt ne peut plus continuer à garantir cette subvention. C’est pourquoi, le Pr Berthé a souligné que cette subvention, au lieu qu’elle soit utilisée pour subventionner l’engrais, elle sera versée sur le prix du coton à la production. Ce qui signifie que le prix du coton sera ajusté à 215 FCFA au moment de sa vente. Il a précisé que la subvention change de l’engrais pour être versé sur le prix du coton comme bonus. A ce niveau, sans ambages, le PDG de la Cmdt a reconnu que les paysans devraient être informés de cette situation au plus tard en fin avril, comme le recommande les textes.

Toutefois, il a défendu que la Cmdt  ne fixe pas toute seule le prix du coton. A ce titre, Baba Berthé a fait savoir que le prix dépend du marché mondial qui, malheureusement, a été fortement secoué par la pandémie  du coronavirus. Selon lui, c’est cette pandémie qui a fait chuter le prix du coton. Il s’est  également  rabattu sur le conflit commercial éclaté entre les Chinois et les Etats-Unis. A titre d’exemple, il a expliqué que tout ce qui était vendu à 1000f est revenu à 750f, sinon moins. En sauveur de meubles, le Pr Berthé a déclaré: « La Cmdt ne peut rien refuser aux paysans. Aujourd’hui, elle n’a pas la capacité». Dans sa quête de la clémence des producteurs de coton, il a confessé: « Nous ne sommes pas venus vous obliger à cultiver le coton, mais cette situation n’arrange personne. Si vous m’écoutez, vous allez cultivez le coton ». Espérant l’indulgence et la bonne compréhension du monde cotonnier, l’ancien ministre de l’Agriculture a recommandé la réduction des terres cultivables pour renforcer le rendement à l’hectare. Acculé par les producteurs sur le sort du fonds de stabilisation du coton (18 milliards FCFA logés dans les livres de la BIM.SA, en 2018), Baba Berthé a fini par avouer que la Cmdt ne gère pas le fonds de stabilisation destiné à soutenir les producteurs de coton. A le croire, ce fonds est géré par le ministère des Finances et le GIE des producteurs de coton. « Cette année, il n’y a rien dans ce fonds ». Un gros pavé qu’il vient de jeté dans la cour du Premier ministre et non moins ministre de l’Economie et des Finances, jusque-là, insoupçonné dans cette affaire scabreuse pour laquelle plusieurs personnes dont le président du GIE, Bakary Togola croupit en prison depuis bientôt une année.

La C-cscp : entre complicité et menaces

 Se montrant juge et partie dans cette affaire, le président par intérim de la C-Cscp, Bakary Dembélé, a rappelé que le conflit ne résout rien. Comme pour tordre la main à ses pairs producteurs de coton de Ouélessebougou et jouer le jeu de la Cmdt, il n’a pas hésité à proférer des menaces en ces termes : « Celui qui refuse de cultiver le coton sort du cadre du règlement intérieur de notre organisation. Celui qui ne produit pas le coton ne peut pas parler de subvention ». Et M. Dembélé de rectifier le tir: « C’est difficile, mais si on agit avec discernement, le sourire est à venir».

Les vérités et les doléances des paysans

 A la suite des propos liminaires des visiteurs, la parole a été donnée aux hôtes. Comme pour freiner leur élan et fuir la pluie de questions, l’organisation a fixé le nombre des interventions à 5 personnes sur la cinquantaine d’invitées. Malgré cet  état de fait, les intervenants qui se sont déclarés comme des messagers de leur base ont exprimé des préoccupations, présenté des doléances et tenu un langage franc et sans ambages. Selon Dandio Diarra de Koulikoro, face à tout ce que le pays connait aujourd’hui et la place du coton dans l’économie, les autorités devraient tout faire pour qu’au moins le prix des engrais soit stable. « Cet effort est à la portée de l’Etat », a-t-il  juré. De son côté, Lassana Doumbia de Dangassa a lancé : « Il faut qu’on se dise la vérité. La Cmdt devrait plutôt venir bien avant pour nous expliquer la situation avant de laisser les rumeurs et la confusion  gagner le terrain. Pourquoi la Cmdt a attendu tout ce temps sans nous informer de ce qui nous concerne les premiers ? Si elle ne se reproche rien ou si elle ne cache rien, comment peut-elle nous traiter de la sorte? Il faut que la Cmdt parle un autre langage ». Devant les officiels, M. Doumbia  n’a pas eu la langue de bois pour notifier que c’est compliqué et très difficile pour les paysans d’aborder la saison sur cette base.

Prenant le micro, Samba Coulibaly de Sirakorola, lui aussi, a accusé la Cmdt d’agir en retard. Selon lui, sans les  producteurs, il n’y a pas de coton. Pour ce faire, il a estimé que l’arrivée du coronavirus ne justifie pas l’augmentation du prix de l’engrais. Dans son argumentaire, il a affirmé que l’an passé, sans coronavirus, on avait essayé d’augmenter le prix des engrais. « En allant dans ces conditions à la campagne, le paysan n’aura rien. Les calculs l’attestent. L’Etat doit faire un effort, sinon rien n’est rassurant. On va rendre compte à la base. On ne peut pas nous obliger à cultiver le coton », martèle-t-il. Abondant dans le même sens,  Chaka Fomba de Gouani a noté que cette rencontre a vraiment accusé du retard. « Il ne fallait pas attendre la tombée des premières pluies pour informer les producteurs. Si on cultive dans ces conditions, nous serons piégés par les charges », projette-t-il. Qui va payer à notre place, s’est-il interrogé. Cette campagne est déjà boycottée par la mauvaise information, a-t-il craché. A son tour, le président de l’Union des producteurs de coton de Ouélessebougou, Moussa Samaké, a soulevé la question de la part des paysans des fonds alloués au secteur privé pour lutter contre le Covid-19. Selon lui, avant même d’aller au champ, le paysan voit déjà sa perte. A l’entendre, en 2004, il y a eu une situation similaire et jusqu’à présent des coopératives ne se sont pas remises des séquelles. Le hic est que les paysans passent toute la saison sèche à acheter le sac de l’engrais non subventionné chez Toguna Agro Industries à 16000 FCFA. Selon lui, les producteurs de coton ont directement compris qu’on veut se sucrer sur leur dos. « Les décideurs n’ont pas songé à la situation des paysans.», a-t-il ensuite déploré.

M. Samaké a indiqué que tout ce que la Cmdt avance comme argument n’est pas la vérité, mais que son action s’inscrit dans le seul objectif de berner les producteurs pour les amener à cultiver le coton. « Ces manœuvres mettent les semences en retard. Le coup est déjà parti. Quoi qu’il arrive, le taux de la production de cette campagne sera faible ». De son analyse, il ressort qu’aujourd’hui, la culture du coton n’est pas un jeu de hasard. Il a ensuite lancé que les paysans ont désormais les yeux ouverts. MS poursuivra en faisant comprendre que les choses ne seront plus comme avant. Et d’ajouter : « En tout cas, les propos de la Cmdt ne nous rassurent pas autant. Aujourd’hui, la politique du Mali va du coq à l’âne. Nous demandons aux autorités de revoir leur position. On peut comprendre que le prix du coton sur le marché mondial échappe au contrôle des autorités, mais de nos jours les producteurs savent bien que l’Etat peut décider de la baisse du prix de l’engrais pour soulager le monde rural. Toute la question est là. A noter que tous les 5 représentants des producteurs de coton ont sollicité le  gouvernement de revoir la subvention annoncée de 15 f à 50 f pour équilibrer les choses.

Les visiteurs tentent de rassurer !

En réponse,  le PDG de la Cmdt est revenu à la charge pour jurer qu’il s’agit d’éviter que la holding ne s’effondre. « Si la Cmdt  et l’Ohvn tombent, il n’y aura plus de coton », a soutenu Pr Berthé. Toutefois, il a  maintenu que la Cmdt va continuer à plaider la cause des paysans pour l’augmentation de la subvention. Aussi, a-t-il affirmé que les fonds annoncés dans le cadre du Covid-19 ne sont pas encore tombés. Il a rassuré que dès que c’est effectif, les producteurs de coton auront leur part.

Harber MAIGA et Jean Goïta, de retour de Ouélessébougou

Source : Azalai Express 

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