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Rapport 2019 du vérificateur Général : Des acteurs de la société pessimistes quant à un changement sous la transition

La radio Studio tamani, dans son émission le grand dialogue, a débattu le thème : « Rapport 2019 du vérificateur général, qu’est-ce qui va changer ? ». La police des débats a été assurée par Mouhamadou Touré. Les invités sur le plateau étaient le Pr. Clément Dembélé de la Plateforme pour la lutte contre la corruption et le chômage (PCC) ; l’économiste chercheur au centre de recherche et d’analyse politique économique et social (CRAPES), Khalid Dembélé ; le juriste Mahamadou Dianka ; le Professeur Mamoutou Soumaré ; l’économiste chercheur au groupe de réflexion et de recherche sur la corruption et l’avocat, Maître Cheick Oumar Konaré. Ces différents acteurs ont unanimement estimé que la période transitoire ne pourra pas apporter un vrai changement tendant à lutter efficacement contre la corruption ou à réduire l’hémorragie financière qui affecte considérablement le développement économique, social et culturel du Mali.

Dans le rapport du vérificateur général remis au président de la transition, des irrégularités financières ont été signalées dans bon nombre de services. Les regards de la population sont tournés vers les autorités de la transition sous la conduite de Bah N’Daw.

Au cours du débat, le Pr. Clément Dembélé de la Plateforme pour la lutte contre la corruption et le chômage (PCC) a, sans détour, déclaré que c’est un rapport de plus car, selon lui, cela fait des années que nous voyons les mêmes rapports. « Ce que Bah N’Daw a dit ce n’est pas nouveau. ATT l’avait dit, IBK l’avait aussi juré en 2014. Aujourd’hui la question ne se situe pas au niveau des rapports, la question est : qu’est-ce que les autorités vont faire concrètement pour sortir de cette honte national ? Les 300 milliards volés dans le rapport du vérificateur général sont très peu par rapport à la réalité sur le terrain. C’est un rapport de trop, il faut agir maintenant pour que les Maliens se sentent dans leurs droits », a dit le Pr. Clément.

Cet avis du Pr. Clément est partagé par le juriste Mahamadou Dianka qui a rappelé que « c’est un rapport de plus. De sa création en  2004, le bureau du vérificateur général produit chaque année des rapports et on sait que généralement ces rapports finissent, soient dans les tiroirs ou dans les procédures sensationnelles au niveau du pôle économique ou de la justice. A la date d’aujourd’hui, il est difficile de mesurer l’impact de ces rapports en terme de remboursements ».

L’initiateur de la PCC, Clément Dembélé, a invité les autorités de la transition à se retourner vers les détenteurs du droit pour voir comment il faut revisiter notre code pénal. «  Jusqu’à présent, à ce que je sache, Bah N’Daw et autres n’ont pas déclaré leurs biens. C’est le premier péché qu’ils viennent de commettre. Qu’ils se soumettent à la loi. La pintade regarde toujours celle qui la guide. Quand on compile les rapports du bureau du vérificateur de la Banque Mondiale, du FMI, on tombe sur 250 milliards de FCFA détournés chaque année au Mali depuis les dix dernières années ».

Ces pertes financières, à en croire Clément, correspondent à 1250 écoles pour 300000 enfants, 1785 Centres de santé communautaires, ou 2500 km de routes bitumées ou la création de 70 000 emplois pour payer chaque salarié à 250 000F net hors charges.

Le juriste Dianka pense que la lutte contre la corruption est un concept qui devrait mettre l’accent sur la prévention. « Je ne crois pas à la répression comme seul moyen de lutter contre la corruption. Le rapport du vérificateur général ne parle pas de la petite corruption au niveau de la circulation routière, des services de santé et de tous les services publics. Il faut faire en sorte que nous ayons une bonne législation qui prévienne au lieu de rester dans le répressif », a-t-il proposé.

Sur l’impact de ces pertes financières sur l’économie national, l’économiste chercheur au (CRAPES), Khalid Dembélé, dira que « c’est une économie qui souffre. La corruption est un frein au développement économique. Le bureau du vérificateur général fut créé en 2004, le premier rapport est tombé en 2005, nous sommes en 2020, 15 ans jour pour jour chaque année c’est un bureau qui rend justement un rapport dans lequel des faits de corruption, d’irrégularités sont signalés. C’est un phénomène qui continue de gangréner le développement économique de ce pays. Ce phénomène s’appelle corruption  et il frôle une dimension systémique ».

Les 300 milliards de pertes financières signalées dans le rapport 2019 sont l’équivalent, selon Khalid, de plusieurs hôpitaux, routes et emplois. « La corruption, ce n’est plus au niveau du gouvernement. C’est dans la société dans sa globalité. Quand vous êtes en face d’un phénomène systémique de ce calibre, il faut une démarche holistique et systémique. La lutte contre la corruption dépasse une lutte de 18 mois. Aujourd’hui ceux qui sont aux affaires n’ont ni les moyens, ni la réelle volonté de lutter contre la corruption. »

A la question de savoir s’il y a une justice au Mali, l’éminent avocat, Cheick Oumar Konaré, répond en ces termes « la question de la lutte contre la corruption est cruciale parce que ce sont des centaines de milliards qui sont détournées chaque année. Je salue les travaux du professeur Clément qui se bat tous les jours pour dénoncer les actes de corruption et demande justice. Le problème n’est pas seulement la justice. Il faut une législation adaptée, or, dans notre droit pénal, le procureur dispose de l’opportunité des poursuites. Quel que soit ce que vous mettez dans un rapport d’enquête, la loi autorise le procureur à le classer dans son tiroir , or, le procureur est  un magistrat du parquet que la loi soumet à l’autorité du procureur général et lui même soumis à l’autorité du ministre de la justice. Et le ministre lui-même est soumis à l’autorité du président de la République et du Premier ministre, démembrement du gouvernement dans la justice »

Le rapport du Vérificateur général est considéré par l’avocat Konaré comme un catalogue d’intention. « Ça sert tout simplement à jeter des gens en pâture mais sans incrimination véritable. Si quelqu’un a détourné, il faut dire son nom dans le rapport. Pourquoi parler de manque à gagner ? ça veut dire que le détournement n’est pas évident ».

Le mode de gouvernance, c’est-à-dire la démocratie que nous connaissons aujourd’hui, a été décrié par Cheick Omar Konaré. L’avocat a souligné qu’ « on a fait le choix de la démocratie représentative et c’est elle qui est la mère de toutes les corruptions. La démocratie représentative est fondée sur la corruption. Il nous faut inventer un autre système politique. La transition ne durera que 18 mois, elle en a assez de faire déjà pour reconquérir Farabougou. La loi sur l’enrichissement illicite est une très mauvaise loi qui permet au pouvoir politique de manipuler l’opinion, de faire peur aux adversaires politiques et d’imposer sa volonté. Je conseille aux autorités de s’intéresser à l’origine politique de la corruption. La principale source de la corruption c’est la politique »

De l’analyse faite par le professeur Mamoutou Soumaré, ce rapport est un rapport de plus. « Au Mali, on a un problème, on fait le copier-coller des institutions. Au Canada, le vérificateur est redevable auprès du parlement canadien, mais pas redevable auprès du président. Il y a quelques années, un rapport de vérification du ministère de la défense n’a pas été rendu public, il ne pouvait pas y avoir ça au Canada ».

En plus de  la corruption et du détournement des fonds au niveau de la fonction publique, l’économiste Soumaré a aussi porté un regard sur la corruption des commerçants qui est très importante. «  La corruption des commerçants, des importateurs est aussi importante. Pour la lutte contre la corruption il faut prendre des bonnes décisions », a-t-il expliqué.

Parlant des actions de la lutte contre la corruption sous les différents régimes, le professeur Clément a fait savoir  que la lutte contre la corruption est devenue un phénomène politique, d’annonce et une histoire de publicité. « Les différents présidents sont dans les classes les plus corrompues. Quand on fait une classification au Mali, on trouve  la présidence, la primature et il n’ y a aucun ministère au Mali qui ne soit pas corrompu. Dans le rapport 2019, aucun ministère n’était à jour dans la réalisation de ses décaissements », a-t-il  fait savoir.

Décrypté par Sidiki Adama Dembélé

Source :le républicain 

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