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Société

Quand les examens scolaires maliens sont dévoyés !

Ce 13 H, j’arrive à la maison. Je trouve ma fille de 14 ans qui se prépare pour aller affronter l’épreuve de Dictée et Question.

Elle fait l’Ecole Privée Gavardo des catholiques italiens et s’est classée 3ème et 2 fois 2ème aux compositions des 3 trimestres avec un Général de 13 de moyenne.

Elle me dit d’un coup, qu’elle ne comprend pas, leur sujet de Dictée et Question est dans le téléphone des gens, elle n’en possède pas et elle prend l’exemple du téléphone de sa maman à qui on a envoyé dans un groupe watsap.

Je balaye d’un revers de main ce que je crois comme allégation, puisque je n’ai jamais eu la preuve matérielle de fuites de sujets (peut-être à cause de ma profession, je sais pas).

Je lui demande, mieux vaut aller en avance à l’école car c’est la dictée.

À 17 h, de nouveau, rentré à la maison, sa première réaction c’est de me prouver qu’elle n’a pas menti et de me confirmer ses propos d’y il a 4 heures.

Je prends la chose au sérieux et lui demande de m’apporter le téléphone de sa maman.

Je suis stupéfait. L’épreuve, telle que ça sort de l’enveloppe y est depuis 12 H.

Je dis, ce pays est dans un précipice et je revois le film de tous ces élèves qui travaillent studieusement, nuit et jour, avec des parents honnêtes et intéressés, qui se battent pour une bonne éducation de leurs enfants dans l’avenir, mais coiffés par des cancres qui passent par des méthodes de filous pour gagner des parchemins douteux, grâce à l’irresponsabilité de leurs parents, aidés en cela par certaines autorités scolaires qui ont mis au placard le sacerdoce de l’instituteur !

Je revois enfin, nostalgique, ces éducateurs modèles qui n’ont jamais vendu leur âme au diable, en matière de contrôle strict des examens, et dont certains doivent se retourner dans leur tombe en voyant ce “sacrilège “, concocté par ceux qui ont l’examen scolaire en charge, pour récompenser le mérite et sanctionner les cancres, afin que nos diplômés de demain ne soient de simples faire-valoir dans un monde de globalisation.

Mes pensées, en terme de témoignage, vont alors à un trio d’amis que j’ai connu, parceque parent et amis de ce parent.

Le 1er était Ario Issoufa Maiga, longtemps Directeur National de l’Enseignement Fondamental. Nous logieons chez lui, fréquentant le  Lycée en 1985. Lui habitait au Quartier du Fleuve, dans l’enceinte du Groupe Scolaire Mamadou Konate.

Son fils Abdoulaye Ario Maiga faisait la 6eme année dans ladite école. Chacun de ses camarades souhaitait être à sa place.

Le jour de la proclamation des résultats, il échoua. Sidérés, les enseignants de cette école nous demandaient quel genre de personne était notre logeur. Ils ne s’en revenaient pas tous que, celui qui a été Inspecteur de l’Enseignement Fondamental du Quartier du Fleuve, puis Directeur de l’Enseignement Fondamental, au moment de l’examen, laisse son enfant échoué, sans un coup de pouce.

Ario n’était pas de ce genre, strict, discret et était l’éducateur parfait qui choisissait deux ou 3 inspecteurs, et au groupe de choisir les sujets, faire les impressions et terminer le paquetage. Faudre ou Fuite Zero.

La même année, je faisais la 1ère partie du Baccalauréat au Lycee Sankore.

Les résultats devraient être annoncés vers 20 H dans les écoles.

À la descente à 16 H, Monsieur le Directeur et logeur avait sur lui dans son sac les résultats du baccalauréat. Il n’en pipa mot. Il nous laissa, haletants et suffoquants (ceux qui sont en examen dans la famille) courir derrière les lycées de Bamako qui ont pu garder intacts les résultats affichés, car certains malheureux candidats déchiraient facilement les listes.

Quand nous arrivâmes vers 22 H pour lui annoncer nos succès, il sortit, sans un brin de sourire, l’enveloppe qui contenait les résultats nationaux et la déposa sur la table à manger. Comme quoi, vous pouvez consulter maintenant !

Il était avec ses amis Soumana Mamadou Maiga (Gouverneur de Segou en 1994) et Feu Samba Dianka, le père de Mahamadou Dianka, des Inspecteurs de l’Enseignement Fondamental d’une rareté absolue. Leurs enfants échouaient aux examens, mais jamais le coup de pouce, chacun devrant forger sa vie.

Ça c’était hier….mais aujourd’hui tout marche à l’envers dans ce pays, l’école travestie, ses examens dévoyés. Demain le baccalauréat aussi !

 

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