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Pourquoi Amadou Gon Coulibaly est le successeur naturel de Ouattara

Tous les observateurs indépendants et analystes avec qui j’ai échangé sont unanimes sur le fait que s’il y a un reproche qu’on ne saurait faire à Amadou Gon Coulibaly, c’est bien d’être impopulaire. Aucun indicateur objectif ne pourrait accréditer la thèse de l’impopularité d’AGC et tout concoure plutôt à démontrer le contraire. Au sein du RDR d’Alassane Ouattara, il est une des premières figures depuis plus de 26 ans. Depuis 2001, Amadou Gon Coulibaly s’est imposé comme la figure politique la plus populaire de Khorogo, réduisant presque à néant ceux qui comptaient dans la localité, dont certains sont ses oncles : Adama Coulibaly alias Adama Champion, Kassou Coulibaly ; Lassine Gon Couibaly, etc. Députation, mairie, AGC gagne tout à Kohrogo, sauf quand il décide de ne pas faire acte de candidature et laisse la place à quelqu’un de son parti.

Manque de charisme
On dit de quelqu’un qu’il a du charisme lorsqu’il “séduit par son charme et/ou sa personnalité”, la personnalité ici pouvant être son intellect ou une forme d’autorité naturelle que dégage la personne. De sa racine grecque, kharisma désigne le grand prestige, le pouvoir de séduction ou l’ascendance exceptionnelle qu’une personne exerce sur ses interlocuteurs ou sur un large public. Or ce don exceptionnel à convaincre et se faire accepter, cette ascendance naturelle sur ses interlocuteurs Amadou Gon Coulibaly l’a. Tranchant et ferme quand la lutte l’a imposé, calme et patient lorsque les circonstances l’exigent, le Premier Ministre ivoirien a su séduire le peuple du parti d’Alassane Ouattara à tel enseigne que, lors des meetings, les militants attendent avec beaucoup d’excitation le moment où celui qu’ils ont surnommé “le lion” va prendre le micro. Ce ne sont pas là des caractères que l’on peut associé à un “manque de charisme”, sauf à ne pas connaître le sens de ce mot.
Une scène a marqué les militants de la première heure du RDR d’Alassane Ouattara et contribué à asseoir la réputation de dur à cuir, voire de témérité d’AGC. Nous sommes sous le régime du président bédié qui a décidé de casser ce nouveau parti déjà très populaire. Il ordonne une descente de la police au siège du RDR, rue Lepic à Abidjan. Tous les militants et dirigeants de la formation présents sont arrêtés. Amadou Gon est absent, mais dès qu’il apprend la nouvelle, plutôt que de se mettre à l’abri, il se rend au lieu de détention des cadres et militants du RDR pour se constituer prisonnier.

Austère & autoritaire
J’ai rencontré plusieurs de ses collaborateurs actuels et même ses ex-collègues du BNETD (Bureau National d’Etudes Techniques et de Développement). Et leurs témoignages concordent: AGC est un homme qui met tellement du sérieux dans tout ce qu’il fait qu’il peut par moment paraître austère, mais il s’agit plus d’hyper-concentration, à ne pas confondre avec le susceptible, l’atrabilaire colérique que d’aucuns voudraient peindre. Ceux qui le connaissent plus intimement m’ont décrit quelqu’un de certes très exigeant avec lui-même comme avec ses collaborateurs mais qui, dans le privé, est très drôle et adorable.

Alassane Ouattara va généralement si vite, dans la réflexion et l’action, qu’il est impossible pour ses collaborateurs de suivre la cadence, à l’exception notoire d’AGC. “La complicité est si forte entre les deux hommes qu’ils n’ont souvent même plus besoin de se parler pour se comprendre”, m’a indiqué une personnalité politique ivoirienne très proche du président Ouattara et de son Premier Ministre. De tous les successeurs putatifs, m’a indiqué un membre de l’entourage présidentiel, Amadou Gon est le seul qui pourra bénéficier de l’accompagnement de tout instant de ce dernier. “De nous tous, il est celui que ADO, après sa présidence, pourra prendre au téléphone, et ce, quelle que soit l’heure. C’est un avantage qu’aucun autre collaborateur et compagnon de lutte du président Ouattara ne peut revendiquer” m’a confié une source dans l’entourage du président Ouattara. Le président ivoirien lui-même affirmait parlant d’Amadou Gon sans le nommer, qu’il laisse le pays entre les mains d’une “équipe bien formée, honnête, reconnue pour son respect du travail et du don de soi”. En d’autre mot, comme le disent les anglo-saxons : Amadou Gon is ready for the job ! Amadou Gon est prêt pour la fonction ! (présidentielle).
Il n’y aura certes pas d’autres Ouattara, comme l’Afrique du Sud va pour l’éternité espérer voir apparaître un autre Mandela. Ces personnages sont uniques et on ne les remplace jamais. Ceci étant, même après leur mort, ils continuent de vivre à travers leurs enseignements et l’émulation que l’évocation de leurs grandes œuvres provoque chez leurs successeurs. Selon toute vraisemblance, avec Amadou Gon Coulibaly, c’est un peu Ouattara qui succède à Ouattara, tant il a appris aux côtés de ce dernier. Il se dit dans les milieux introduis qu’il est de tous celui qui saura poursuivre l’œuvre de son mentor, infatigable bâtisseur. C’est tout le mal que les Ivoiriens dans leur majorité semblent lui souhaiter.

Qui est Amadou Gon, successeur de Ouattara ?
Dans la 1ère partie de cette investigation sur Amadou Gon Coulibaly, désigné par son parti pour succéder à Alassane Ouattara, nous avons -à travers des faits- déconstruit les affabulations tendant à faire apparaître le Premier Ministre ivoirien comme un sectaire. Son cabinet, comme nous l’avons démontré, est en grande partie composé de membres d’ethnies autres que la tienne et aucune personnalité de sa famille ne lui doit sa promotion. Mais quid donc des pratiques sous d’autres hommes d’États, en Côte d’Ivoire et même ailleurs dans le monde ?
Sous la présidence bédié, les proches collaborateurs étaient désignés parmi les membres de la famille ou de la communauté (Baoulé) : Niamien N’goran, ministre de l’Economie et des Finances (neveu de Bédié) ; Antoine Bédié, conseiller à la Présidence de la République (neveu de bédié) ; Kouakou Bédié Eugène, chargé de mission à la Présidence de la République (neveu de bédié) ; Bédié Lambert, chargé de mission à la Présidence de la République (neveu de bédié) ; Diby Marie, responsable de la Comptabilité de la Présidence de la République (nièce de bédié) ; Traoré Kolia Adam, simple sous-préfet bombardé Secrétaire général adjoint de la Présidence de la république (gendre de bédié) ; et la liste n’est pas exhaustive.

Si bédié nommait des proches à des postes pour lesquels ils n’avaient le plus souvent que très peu de qualifications, sous gbagbo seuls les liens avec le “messie” faisaient foi. Sa fille, Kipré Flore Gbagbo (épouse du sulfureux Stéphane Kipré), a été parachutée dans un service stratégique d’un Trésor public dont la directrice n’était autre que Djédjé Mama, cousine de Laurent Gbagbo. Son oncle, Kadet Bertin, nommé ministre de la Défense, puis conseiller à la Défense ; un autre oncle, Ottro Zirignon, s’est retrouvé PCA de la SIR (Société Ivoirienne de Raffinage) pendant que son épouse, Sarata Ottro était nommée Directrice de Cabinet adjointe à la Présidence de la République ; Koudou Jeannette, la sœur cadette de laurent gbagbo, fut nommée Directrice de l’Agefop (Agence Nationale de la Formation Professionnelle) dotée d’un très gros budget. Le fils, Michel gbagbo, a été intronisé directeur de la formation au sein d’une structure – le Comité pour le Reploiement de l’Administration- dont le seul but semble avoir été de détourner beaucoup d’argent. Djédjé Benjamin, Cousin de gbagbo, s’est contenté d’un poste de conseiller à la Présidence de la République. La seconde épouse de gbagbo, Nady Bamba, a tiré le jackpot en faisant nommer son beau-frère (époux de sa sœur aînée) Kassoum Fadiga, directeur général de la compagnie pétrolière nationale, PETROCI. Et je suis plutôt avare dans cette énumération car il faudrait un livre entier pour citer tous les cousins, cousines, nièces, neveux, etc.

Le président Ouattara a lui-aussi quelques membres de sa famille dans son cabinet. Mais on se laisse vite convaincre par la maestria avec laquelle son frère cadet, Birahima Téné Ouattara (ministre des affaires présidentielles) gère une partie des finances de la présidence et les autres dossiers sensibles que lui confient son grand frère ; la légitimité de son parcours professionnel avant l’arrivée aux affaires d’ADO plaide également en faveur de celui qu’on appelle affectueusement “photocopie” du fait de sa forte ressemblance avec le président Ouattara. De même ne pourrait-on pas faire à madame Koné Masséré Touré -nièce du PR- le procès de ne devoir son poste de conseillère en communication du président de la république qu’à sa filiation avec le Chef de l’État.
Ailleurs, c’est la propre fille du président Sassou, Claudia Sassou Nguesso, qui assure la fonction de directrice de la communication du président de la république. Le “chargé des affaires africaines” de Mitterrand était son fils, Jean-Christophe, tout comme Jacques Chirac avait confié sa communication à l’Élysée à sa fille. Aux USA, le président Kennedy avait nommé son frère ministre de la justice.

Au demeurant, le problème ce n’est pas tant la présence de membres de la famille des dirigeants à des postes de responsabilité. Nous devrions plutôt interroger la compétence des proches parents nommés à certaines fonctions. Par ailleurs, les républicains que nous sommes devraient s’attacher au respect de la loi, et aucune législation ivoirienne n’interdit la nomination de membres de sa famille.

Pour être tout à fait juste, nous ne devrions pas nous satisfaire d’une situation où des individus seraient freinés dans leur ambition légitime de servir leur pays et, de facto, exclure pour “délit de filiation” certains citoyens qui présenteraient pourtant les meilleures qualifications et/ou d’excellentes aptitudes pour les postes auxquels ils aspirent.

D’aucuns voudraient même allés plus loin dans leur obsession à vouloir convaincre du sectarisme d’AGC fabriqué de toute pièce et, par machiavélisme, ils veulent trouver en chaque Coulibaly des liens de parenté avec le Premier Ministre. Or, les homonymies sont légion dans l’ancien empire mandingue et, s’il y a un patronyme très fréquent en Côte d’Ivoire et même dans tout l’espace du mandé (Mali, Guinée, Sierra-Léone, Gambie, Sénégal, Burkina, etc.), c’est bien COULIBALY. Dans ce registre des amalgames, les détracteurs d’Amadou Gon Coulibaly citent deux hauts cadres ivoiriens présentés à tort comme des membres de la famille de ce dernier. Il s’agit du ministre de la Fonction publique, Issa Coulibaly, et du directeur de l’Agence Ivoirienne de Gestion des Fréquences (AIGF), M. Yacouba Coulibaly. L’un comme l’autre n’ont pourtant aucun lien de parenté avec Amadou Gon Coulibaly. Alors non, tous les Coulibaly de la Côte d’Ivoire ne sont pas de la famille du Premier Ministre.
Ce qui est vrai, est vrai !

Nota : La semaine prochaine, insh’Allah, sous le titre “Pourquoi Amadou Gon était le successeur naturel de Ouattara”, je publie le dernier volet de mon enquête sur le Premier Ministre Ivoirien désigné pour succéder à Alassane Ouattara. Extrait : “Alassane Ouattara va généralement si vite, dans la réflexion et l’action, qu’il est pratiquement impossible pour ses collaborateurs de suivre la cadence, à l’exception notoire d’AGC. “La complicité est si forte entre les deux hommes qu’ils n’ont souvent même plus besoin de se parler pour se comprendre”, m’a confié une personnalité publique ivoirienne très proche du président Ouattara et de son Premier Ministre.

Saïd Penda

Source : Malicanal.com

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