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Editos / Contributions

Nous fûmes quand les autres n’étaient pas

Suivant Bwemba Bong (BONG, B. (2012). Peut-on parler de l’inégalité entre civilisations en faveur de l’Occident ? Petite rétrospective sur le pouvoir politique dans l’Afrique Antique), portant un regard sur l’Histoire de l’Égypte pharaonique, Ivan Van Sertima écrit : « Lorsque le comte Volney se trouva à l’ombre du grand Sphinx en 1783, et vit ces montagnes, créées par la main de l’homme, qui s’élevaient dans le désert, il fut saisi et troublé. Il avait traversé la région plane, ponctuée de huttes de torchis et de hauts palmiers dattiers. Sur le vert éclatant de la terre, un réseau serré de canaux d’irrigation. On voyait, au bord des canaux, des hommes élancés au teint noir ou bistre, négroïdes pour la plupart, « au nez court et épaté, une large bouche…. Aux lèvres épaisses » ; d’un mouvement balancé et rythmé, ils soulevaient les seaux d’arrosage attachés au chadouf.
C’étaient des Égyptiens, qui, par le teint et les traits, ressemblaient à beaucoup d’esclaves de l’empire français. Comment les choses avaient-elles pu être à ce point bouleversées ? Comment avait-on pu inverser si violemment le sens de l’histoire ?
Le comte Volney se sentit envahi par un étrange sentiment de culpabilité. Il était si naturel de considérer les Noirs comme « des bucherons et des porteurs d’eau ». Quand donc cette malédiction avait-elle commencé ? « Quel étonnement n’éprouvons-nous pas, écrit-il, quand nous réfléchissons qu’aux Nègres, aujourd’hui nos esclaves et l’objet de nos mépris, nous devons nos arts, nos sciences… »
Quinze ans plus tard, Bonaparte dirigeait une expédition en Égypte. Les savants qui l’accompagnaient furent eux aussi impressionnés et surpris. Ils conclurent, comme les Grecs l’avaient fait mille ans auparavant, qu’une race noire était à l’origine de la civilisation égyptienne.
Cette redécouverte de l’Égypte ancienne par les Européens et la révélation de la forte ascendance négro-africaine d’une civilisation à laquelle l’Europe devait tant, causèrent une sorte de gêne ; et elles survenaient au moment le plus inopportun et menaçaient de dynamiter le mythe de l’infériorité innée des Noirs, nécessaire à la bonne conscience chrétienne d’une Europe qui devait sa prospérité à l’exploitation massive des esclaves noirs. On dépeuplait systématiquement l’Afrique.
Ses empires avaient été détruits, son histoire enterrée, son développement, parallèle à celui d’autres civilisations du monde, brusquement stoppé. Seuls quelques éléments arriérés ou inaccessibles restèrent intacts pour porter plus tard de faux témoignages à partir desquels on jugea de l’ampleur et de la complexité de son évolution.
(….) Une nouvelle et ingénieuse version fut aussitôt forgée… ».
Quant à Justin Girod de Chantrans, il écrit à juste raison : « Consultez Diodore de Sicile ; vous verrez que plusieurs peuples d’Afrique cultivaient les Arts et les Sciences avec succès, dans un temps où la plupart des peuples d’Europe étaient encore dans les ténèbres ».

Dr. Ibrahima Sangho

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