Vous devez respecter le droit d'auteur
Actualité Economie

Campagne cotonnière 2020-2021 : complot contre les paysans maliens

Rien ou presque ne va au Mali. Le seul secteur qui faisait la fierté de notre pays à l’étranger : le coton, est sur le point de rentrer dans la décadence si rien n’est fait. Si une minorité de paysans s’est engagé à cultiver, ce n’est pas évident que les objectifs de la campagne cotonnière 2020-2021 puissent être atteints. Car, plusieurs producteurs ont décidé de ne pas semer une seule graine de coton au prix proposé par le Gouvernement. En effet, lors de cette campagne cotonnière 2020-2021, bien plus qu’une trahison, les paysans de notre pays sont sur le point de subir un complot. De quoi s’agit-il ?

Cette année, en raison, semble-t-il, de la baisse des cours mondiaux due au Covid-19, les autorités maliennes ont fixé le prix du kilogramme du coton à 200 F CFA. Ce qui fait une baisse de 75 francs sur le prix de l’or blanc au Mali par rapport à la campagne cotonnière 2019. Pendant ce temps, on apprend que le prix de l’engrais a pris l’ascenseur. Il passe de 11 000 F CFA à 18 000 F CFA le sac. Incroyable ! C’est-à-dire que pendant que le prix du coton baisse, celui de l’engrais augmente. Une incongruité qui ne peut s’expliquer dans le contexte malien. D’autant plus que depuis des années, il existe dans notre pays un Fonds de soutien à la filière coton. Depuis longtemps, ce fonds servait à stabiliser le prix aux producteurs. Dans ce dispositif mis en place depuis des années pour inciter les paysans à atteindre les objectifs de la champagne, l’Etat, à travers ce fonds, s’engageait à garantir un prix attractif aux cotonculteurs. D’après nos informations, ce fonds a été approvisionné depuis des années par une partie des bénéfices engrangés de la vente du coton. Il devait normalement être utilisé pour garantir un prix d’achat incitatif aux paysans. Il était évalué à plus de 18 milliards F CFA, il y a trois ans. Selon des indiscrétions, ce fonds était logé à la BIM-SA. Malheureusement, il semble qu’il a miraculeusement disparu de ce compte, au grand dam des cotonculteurs maliens. Lesquels s’attendaient aujourd’hui à bénéficier des dividendes de ce fonds fantôme, géré en principe par la Direction de la Cmdt et la Confédération des sociétés coopératives des producteurs de coton du Mali.
Aujourd’hui, les cotonculteurs maliens se sentent trahis par l’Etat. Ce qui fait que le Mali est vu comme un Etat vampire qui suce le sang de ses enfants. Pour convaincre les producteurs, le ministre de l’Agriculture, Ahmed Moulaye Boubacar, a trouvé une dernière ruse. Il tente de mener les paysans en bateau en annonçant que le gouvernement accorde pour la campagne 2020/2021 une subvention de 10 milliards F CFA aux cotonculteurs. Selon lui, cette subvention serait transformée en bonus de 15 FCFA par kilogramme au moment de la vente du coton. Il pense ainsi pouvoir inciter les producteurs à maintenir leur niveau de production. Peine perdue. C’est un subterfuge qui est loin d’enchanter les paysans. Mais ce qu’il ne dit pas, c’est qu’en réalité, il s’agit d’un détournement de subvention. Car, l’Etat a accordé ces 10 milliards pour subventionner le prix des engrais. En effet, en refusant de subventionner les entrants, le ministre de l’Agriculture condamne les paysans à une perte certaine. Parce que les producteurs vont devoir faire face à une augmentation de 7 000 F CFA sur le prix du sac d’engrais. Est-ce que les 15 F promis par le ministre peuvent compenser ce gap ? Ce n’est pas évident. Et les paysans disent avoir bien compris. C’est pourquoi une grande majorité a décidé de ne pas cultiver le coton cette année au prix proposé par le gouvernement.

Le niet des cotonculteurs

En effet, lors d’une rencontre, le 12 mai dernier à Koutiala, à laquelle près de 1 000 agriculteurs ont pris part, ils ont dit non à la culture du coton au prix proposé par le gouvernement. Selon des participants, « on ne peut s’en sortir à ce prix-là avec l’augmentation du prix de l’engrais. Celui qui s’entête à cultiver le coton à ce prix va se retrouver endetté jusqu’au cou ». Face à la situation, les cotonculteurs appellent à l’arbitrage du Président de la République. Ils lui ont adressé une correspondance pour qu’il intervienne personnellement pour résoudre ce problème au plus vite. Car, c’est bientôt le début de la campagne agricole.
Youssouf Diallo

Source : la lettre du peuple

Related Posts

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *