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Société

L’imam Mahmoud Dicko : le Messi de la mosquée ?

« Le très respecté, l’éclairé, le Cheick, le grand patriote » Mahmoud Dicko serait- il un vulgaire traître ? En tout cas, il se trouve sous les feux de critiques venant de toutes parts. On lui colle même le gentil sobriquet de Messi. Pas le Messie au sens religieux du terme qui désigne un sauveur, un personnage providentiel incarné par Jésus Christ pour les Chrétiens et bien avant, dans la tradition judaïque le libérateur d’Israël qui viendra instaurer le royaume de Dieu.
Bien qu’accroché au turban d’un religieux, le surnom de Messi dont est désormais affublé l’imam Mahmoud Dicko est le talentueux footballeur international argentin, évoluant au FC Barcelone et sept fois ballon et soulier d’or européen. Qu’il sait dribbler ce Messi et marquer des buts. Mais, est-il aussi talentueux que l’imam Messi de Badala (du nom du quartier de résidence de Mahmoud Dicko) qui, toute sa vie publique durant a dribblé non seulement ses adversaires mais aussi et surtout ses partenaires pour toujours marquer le but final contre son camp tout en faisant le V de la victoire. Parfois en endossant le maillot de l’adversaire.
Voilà deux décennies que l’imam Messi de Badala opère ainsi. Mais comme l’a dit Abraham Lincoln repris par le président Sékou Touré « On peut tromper une partie du peuple tout le temps et tout le peuple une partie du temps, mais on ne peut pas tromper tout le peuple tout le temps.”
Aujourd’hui l’imam Mahmoud Dicko est à découvert après avoir poignardé le M5-RFP dans le dos.
Mais avant le M5-RFP, dans son long cheminement politico-religieux, Mahmoud Dicko s’est adossé à des organisations politico-religieuses comme piédestal pour atteindre un objectif fixé avant de les jeter comme une orange pressée et de piétiner les hommes qui lui ont tracé des boulevards.
Il en fut ainsi avec les premières associations d’obédience religieuses au Mali vers les années 2002. Mais l’instrumentalisation d’une association officiellement trustée par Mahmoud Dicko alias Messi de Badala remonte aux années 2010 avec la mise sur orbite de Sabati 2012. De jeunes religieux, avec à leur tête Moussa Boubacar Bah, éphémère sous ministre de IBK, clairement guidés par des motivations et ambitions politiques se sont mis au service de Mahmoud Dicko, pour sillonner tout le Mali pour lui. Ils ont mis leur machine au service du candidat Ibrahim Boubacar Keita et aussi à la demande de Mahmoud Dicko les quelques députés qu’ils avaient engrangés à l’issue des élections législatives de 2013. Puis l’imam dribble, instaure une scission au sein de ce mouvement pour créer avec l’aile dissidente conduite par Aliou Badara Dembélé une autre association religieuse dénommée Badenya Ton. Badenya Ton infiltre le Front pour la sauvegarde de la Démocratie avant de se retrouver au COFOP sur instructions de Dicko. Cette association n’aura jamais l’envergure voulue par l’imam-dribbleur qui s’en débarrasse. Ainsi trahi et devenu orphelin, Aliou Badara Dembélé est aujourd’hui tombé dans les abîmes de l’oubli.
Mais l’imam Messi n’est pas homme à baisser facilement les mains, ou plus exactement à sortir du terrain de jeu… politique.
Déjà en 2009, sous le prétexte du projet de code des personnes et de la famille au Mali il réussit à affaiblir le régime de ATT qui lui avait tout donné. Il l’accable de tous les maux avant de faire récemment un mea culpa public et vanter les mérites de son ancien bienfaiteur revenu au Mali. Il se demandait sans doute si celui-ci n’allait jouer un rôle après le départ de IBK qui lui semblait être du domaine du probable.
Puis, selon ses propres aveux, il a transformé les mosquées en quartiers généraux de campagne pour l’élection de IBK en 2013. Dans une sorte d’hérésie, Il le fera présenter comme « un amir muminine », un chef des croyants. Il reconnait que l’homme ne lui a rien refusé et l’a couvert de bienfaits qu’il ne cite pas. Il s’agit entre autres d’une maison à étage de plusieurs dizaines de millions de nos francs, un véhicule flambant neuf, une allocation financière permanente, des groupes électrogènes régulièrement remplis de gas-oil et même une présence policière devant ses nombreuses résidences. A quel titre ?
Mais Lionel Messi, c’est connu veut toujours dribbler et marquer des buts. Il en va de sa survie car ne plus le faire, c’est la sortie du terrain, la déchéance. La même chose vaut pour l’imam Messi de Badala : il est insatiable. Il veut toujours plus d’argent et par conséquent il ne cesse de faire monter la pression. Puis il en arrive à cette équation : pourquoi demander de l’argent au prince si je peux prendre sa place ? Il commence ainsi à rêver de prise pouvoir mais en fin stratège il le prépare en trois temps : maintenir une épée de Damoclès permanente sur la tête des gouvernants pour mieux les faire chanter puis devenir l’ayatollah Khomeiny du Mali avant de s’emparer du pouvoir.
L’épisode de l’Education sexuelle complète lui donne l’occasion d’accentuer sa pression sur le pouvoir. S’adossant au Cherif de Nioro, il chauffe à blanc les maliens contre un président qui veut introduire l’homosexualité au Mali et l’enseigner à nos enfants dans les écoles. L’émotion des maliens  le dispute à leur colère et rendez-vous est pris dans le plus grand stade de Bamako avec 60.000 places assises qui a refusé du monde pour exiger la démission du président. Messi prend le ballon (pardon la parole !) tire et rate : le responsable désigné est le Premier ministre Soumeylou Boubeye Maiga et non le Président IBK. La foule, mécontente, frustrée rentre chez elle.
Pourquoi un tel revirement de l’imam Messi Dicko ? En vérité, il n’y a pas eu de revirement mais règlement de compte bien muri et instrumentalisation de la foule par l’exploitation intelligente de sa colère. Messi, cela a été rappelé à une boulimie financière que personne ne peut satisfaire. Le prédécesseur de Soumeylou Boubeye Maiga à la Primature Abdoulaye Idrissa Maiga lui avait taillé un poste à sa mesure à la Primature : chargé de faire la paix au centre du pays avec un budget de près du milliard. A son arrivée à la primature Soumeylou Boubeye Maiga a fermé le robinet et mis un terme à la bamboula. Messi ne lui pardonnera jamais de l’avoir ainsi sevrée d’une mamelle nourricière.
Le bras de fer continue entre les deux hommes, chacun utilisant une arme redoutable qu’il considère infaillible. Au premier ministre les moyens colossaux et le rouleau compresseur de l’Etat et à Messi de Badala le verbe pour mobiliser les foules. Au final, l’Etat pour diverses raisons a lâché Boubeye qui démissionne après une seconde manifestation impressionnante au Monument de l’indépendance. Messi a marqué. Encore un soulier d’or.
Après la démission de Soumeylou Boubeye Maiga, il place « son fils » Boubou Cissé à la Primature et fait adouber celui-ci par le Chérif de Nioro. Les privilèges et les cadeaux de toute nature continuent de pleuvoir sur lui jusqu’à une nouvelle querelle due encore une fois à l’appétit glouton insatiable de l’oncle. La tête du fiston national est mise à prix et le bon peuple à nouveau convié à venir lapider l’acheteur des « blindés en carton ». Il invite les maliens à sortir « qui avec des coupe-coupe, qui avec des bâtons ou des cailloux ». Il est convoqué devant la justice qui, face à la pression de ses partisans se couche.
Entre temps, Messi, fin avril 2017 bascule dans l’opposition. Il crée une nouvelle association politico-religieuse la Coordination des Mouvements, Associations et sympathisants de l’imam Mahmoud Dicko communément appelée la CMAS de Mahmoud Dicko et place à sa tête un illustre inconnu, son beau-fils, un semi taré, exécuteur sans état-d ’âme de toutes ses basses œuvres.
L’imam Messi de Badala a une claire conscience des rapports de force politique et connait par conséquent ses propres limites. En mai 2020, la CMAS s’unit à une large plateforme d’opposition composée du Front pour la Sauvegarde de la Démocratie (FSD) et de EMK pour créer le Mouvement du 5 juin-Rassemblement des Forces Patriotiques (M5-RFP).
C’est au cours de la lutte menée par ce mouvement que l’imam Messi développera tous ses talents de manipulateurs et pour dire exactement les choses de traitres. Il a su dribler tout le monde, IBK, les masses agglutinées au Monuments de l’Indépendance, ses partenaires du M5-RFP, les militants de la CMAS, la junte militaire, les Chefs d’Etats de la CEDEAO, le Président de la Transition Bah N’Daw, le Premier ministre Moctar Ouane pour finalement se retrouver seul sur le terrain, nu et complètement à découvert.
D’abord IBK : du début de la contestation de IBK par le M5-RFP jusqu’au jour fatidique du 18 mars, l’imam Messi n’a cessé de donner des assurances à l’ancien président sur son maintien contre le départ de Boubou Cissé et encore, dans un entretien à RFI, publié le 18 août 2020, il déclare vouloir le départ du Premier ministre Boubou Cissé, en refusant de se prononcer sur celui du Président Keïta. Au monument de l’Indépendance, il a dit plus d’une fois que IBK a lui fait beaucoup de biens sans jamais dire qu’il continuait à bénéficier de ses largesses. Y compris pour la dernière fête de Tabaski. Leur dernière rencontre remonte à la nuit du 17 au 18 août 2020 quand l’exécution du coup d’état avait commencé. Messi a trahi IBK qui comptait sur lui et qui lui avait offert les 20 ministères restants après la constitution du mini-gouvernement de 6 membres qu’il n’avait pas refusé. Il voulait juste un autre Premier ministre.
Si l’on sait que le départ de IBK et de son régime était le mot d’ordre principal du M5-RFP, on ne peut que constater le double jeu de Messi.
L’imam Messi de Badala a surtout marqué contre son propre camp tant pour la nomination du Président de la Transition que pour celui du Premier ministre et des membres du gouvernement de Transition. A toutes ces étapes, il a trahi, poignardé, envoyé ses amis à la boucherie et tenté d’en tirer des bénéfices personnels.
En effet, selon des sources concordantes il avait demandé et obtenu le nom du président de la Transition avant de se rendre à la réunion du collège de désignation. Les propos de protestation qu’il a prétendument avoir tenus là-bas ne sont confirmés par personne et il a figuré en bonne place sur la photo du collège. De qui Messi se moque-t-il alors ? Il savait, il a participé en toute connaissance de cause, il a validé : pourquoi dit-il le contraire au M5-RFP ?
L’imam Messi de Badala a encore trahi et marqué contre son camp pour le choix du Premier ministre. Alors qu’il encourageait le M5-RFP a évité le piège du refus de l’envoi des Curriculum vitae demandé, il négociait en coulisses pour que le Premier ministre soit le sien, qu’il soit le marqueur du but. Pour cela, il a personnellement remis une liste de trois personnalités : l’ancien Premier ministre de IBK et Vice-président du RPM, Abdoulaye Idrissa Maiga son bienfaiteur de la Primature et proche allié, l’ancien ministre des Affaires étrangères, son compagnon d’enfance et des premières humanités coraniques du village à Tonka Sadio Lamine Sow et enfin Moctar Ouane qui finalement tint la corde en raison de ses antécédents professionnels avec M. Bah N’Daw au Cabinet du président Moussa Traoré. Encourager le M5-RFP à envoyer des CV sur la base des engagements du CNSP et déposer nuitamment d’autres dossiers n’a qu’un seul nom : TRAHISON.
Enfin, Messi a espéré soulever la coupe lors de la finale de la composition du gouvernement. Encore une fois le M5-RFP perdait son temps en conjectures avec le Premier ministre Moctar Ouane qui avait déjà reçu une longue liste de Messi que s’apprêtait à tirer son penalty et marque le but de la finale. Mais là, non seulement, il a glissé sur le gazon, mais il a trouvé des buts gardés par tous ceux qui avaient découvert ses petites combines et grandes trahisons. Il a raté son tir mais s’en est tiré avec une médaille en bronze : deux ministères dont un pour un ami d’enfance et l’autre pour un de ses « fils ». Après une grosse humiliation dans l’affaire des deux Mohamed. Il se dit qu’il a quitté discrètement Bamako pour aller digérer le coup ailleurs. Ainsi finissent toutes les histoires de trahison.
Et le M5-RFP dans tout ça ?
L’imam Messi de Badala l’a trahi et tente de l’humilier avec les déclarations de son porte-voix et porte-flingue Issa Kaou N’Djim qui dit à qui veut l’entendre qu’il ne s’exprime qu’au nom et avec l’accord de l’Imam Messi.
L’autorité morale est-elle devenue l’autorité vénale.
Fin de clap ? Non à suivre !
Moctar SOW
Source : Malikilé numéro 706 du 12 octobre 2020

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