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Politique

Le risque d’une guerre ethnique au Mali

La répétition des affrontements communautaires avec de très lourds bilans humains fait craindre une guerre ethnique au Mali qui doit déjà affronter une menace terroriste de grande ampleur.

Ce n’est pas un sujet qui sera forcément abordé lundi 13 janvier 2020 à Pau, dans le sud-ouest de la France, lors de la rencontre entre le président français Emmanuel Macron et ses homologues des pays du G5 Sahel le Burkinabé Roch Marc Christian Kaboré, le Malien Ibrahim Boubacar Keita (IBK), le Mauritanien Mohamed Ould Ghazzouani, le Nigérien Mahamadou Issoufou et le Tchadien Idriss Déby Itno. Et cela bien à tort ! La France, présente militairement au Mali depuis 2013, ne peut pas indéfiniment fermer les yeux, sous peine de voir les élites africaines et la communauté internationale lui reprocher, un jour, son inertie face à la montée des périls ethniques.

2700 morts depuis 2016

Les affrontements intercommunautaires menacent la survie de l’Etat malien autant que les attaques terroristes. Concentrées dans le Centre du pays, particulièrement dans les régions de Mopti et Ségou, les violences interethniques auraient fait depuis 2016 plus de 2700 morts, selon l’ONG Armed Conflict Location & Event Data Project (Acled) qui a dénombre pas moins de 700  incidents entre milices armées et populations civiles.  Pour la seule année 2019,  pas moins de 845 morts ont été enregistrés entre janvier et août, selon des sources humanitaires locales.

Derrière ce décompte macabre,  se cache une spirale d’attaques suivies de représailles mettant aux prises les communautés Dogon/Bambara et les peuls, un peu vite soupçonnés d’être tous des partisans du prédicateur djihadiste Amadou Koufa, fondateur du Front libération du Macina (FLM). Après l’attaque en juin 2019 du village Dogon de Sobane Da qui avait fait au moins 35 morts, une vendetta a entraîné en août 2019 la mort de près 167 personnes dans le village peul d’Ogossagou, dans le Centre.

L’Etat, pompier et pyromane

Faute de pouvoir assumer pleinement sa mission régalienne de protection de la population, l’Etat a laissé des dizaines de milices d’autodéfense se créer dans le Centre du Mali. Certaines ont des liens connus avec les forces de défense et de sécurité qui s’en servent comme guides sur un territoire qu’elles ne maîtrisent pas toujours bien. Sur des bases ethniques, des milices recrutent dans les villages du Centre, ouvrent des centres d’instruction militaire sans que l’Etat central ait eu le temps de les en empêcher.

La plus connue de ces milices Dan Na Ambassagou, soupçonnée d’être derrière les raids les meurtriers contre les villages peuls, est presque devenue un Etat dans l’Etat. Tour à tour, le président IBK et son Premier ministre Boubou Cissé ont promis le désarmement de cette milice dogon sans que cela se matérialise sur le terrain. Le Chef de la milice Youssouf Toloba avait publiquement refusé la décision prise le 24 mars 2019 par le Conseil des ministres de prononcer la dissolution de Dan Na Ambassagou. Désespérée par « la démission » de Bamako, la jeunesse peule a fait de Taabital Pulaaku son bras armé. Les mouvements djihadistes ont vite compris le bénéfice qu’ils peuvent tirer en alimentant ces conflits interethniques. Ils offrent aux peuls de les recruter pour les protéger contre les « méchants » dogons. Les attaques des djihadistes qui ont enrôlé quelques peuls sont ensuite considérées comme des actions de la communauté peule tout entière qui appellent des représailles des dogons.

Le règne de l’impunité

Pour ne rien arranger à la situation,  les crimes commis sont respectés impunis, en dépit des indices graves et concordants et des engagements solennels du pouvoir. Après avoir versé des larmes, le président IBK avait promis en mars 2019 dans le village peul d’Ogossagou le châtiment de tous les responsables de la pire tuerie au Mali. Près d’un an plus tard, l’enquête est au point mort. Ogossagou, Sobane Da, Gangafani, Yero,  pas moins d’une vingtaine d’enquêtes judiciaires sont en cours entre le Pôle judiciaire antiterroriste à Bamako et le Tribunal de grande instance de Mopti (TGI). Il y a probablement peu de chances qu’elles aboutissent.

Outre la complexité des investigations après la destruction des scènes de crimes, les enquêteurs n’osent pas prendre les risques de retourner pour interroger les protagonistes dans des zones toujours en proie à l’insécurité. Fait troublant, même lorsque des armes ont été saisies lors de ces tueries collectives par les Forces armées maliennes (FAMA), elles ne sont pas présentées à la justice qui ne peut donc, en l’absence des numéros de série, remonter à leur provenance.

L’absence d’Etat

De son côté, le pouvoir du président IBK ne veut pas non plus se mettre à dos des groupes d’autodéfense qui suppléent les carences de l’Etat malien ainsi que la faiblesse valeur ajoutée de la MINUSMA forte de 16000 hommes (civils et militaires) à la sécurité des populations civiles.

Les tensions intercommunautaires et la menace djihadiste ajoutées aux velléités irrédentistes du Mouvement de libération de l’Azawad (MNLA) donne des craintes légitimes sur la survie de l’Etat malien, ex-Soudan français et pays du grand guerrier Soundiata Keita.

Source mondafrique

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