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Environnement

Gao, une ville sale

Aujourd’hui, nous devons sonner l’alarme pour ce qui concerne l’assainissement de la ville de Gao. Elle a quitté l’état d’une ville de plus en plus sale à une ville vraiment sale.

Loin de l’époque où la ville de Gao séduisait par ses rues tellement propres qu’on pouvait s’y coucher pour savourer l’odeur que dégageaient, depuis l’intérieur des maisons, les marmites des femmes. Loin de cette époque où l’on pouvait dormir toute une nuit sans qu’une seule moustique ne vous pique.

Aujourd’hui, les rues de la ville de Gao sont bondées de déchets de tous genres, liquides comme solides dont les odeurs noséabondes ont remplacé celles qui sortaient, jadis, des sauces depuis l’intérieur des maisons. Cela ne permet aucune vie de qualité comme prescrite dans la constitution du Mali, à son article 15 qui dispose : « Toute personne a droit à un environnement sain, la protection, la défense de l’environnement et la promotion de la qualité de la vie sont un devoir pour tous et pour l’État. »

Les populations semblent s’habituer au phénomène sans prendre conscience qu’il s’agit d’une catastrophe. Aucune solution à long-terme n’est encore envisagée ni par les autorités communales, encore moins par les associations et organisations non-gouvernementales qui en ont fait leur fonds de commerce.

En effet, avec l’avènement de la décentralisation en 1995, les collectivités territoriales se voient conférer, par la Loi n°95-034 du 12 avril 1995 portant code des collectivités territoriales, certaines compétences notamment en matière d’assainissement, d’hygiène publique et de protection de l’environnement. Ce fut sans tenir compte des énormes moyens financiers, matériels et humains que ces tâches exigeraient et le manque de ressources des collectivités.

Ainsi, la commune de Gao qui est la plus grande commune des régions du Nord avec une population de 89.232 habitants (source : DRS 2010), connaît, depuis quelques années, une croissance urbaine sans précédent. Cette croissance s’effectue sans que les infrastructures se développent à un rythme équivalent.

En plus du manque de politique nationale de la ville, il n’y a jamais d’initiatives communales pour accompagner à long-terme, la croissance démographique. Pas seulement à Gao, mais partout au Mali, les collectivités territoriales sont dépassées par l’envahissement des déchets.

Cela s’ajoute à l’incivisme et à l’indifférence des populations dont les comportements sont les premieres causes du manque d’assainissement de la ville. Elles disposent anarchiquement les déchets devant les concessions, dans les ruelles pour finir leurs cheminements dans les caniveaux. Certains se permettent même le luxe de laisser déverser à l’air libre et dans les rues, les eaux qui sortent des toilettes.

Dépassée par ce fléau, la mairie en manque de moyens mais surtout de volonté ne peut compter que sur l’esprit de citoyenneté des jeunes et des femmes qui ne manquent d’aucune occasion pour entreprendre des initiatives d’assainissement. Mais elles ne suffisent pas pour assainir totalement une ville envahie partout par des déchets. C’est qu’il, c’est une politique d’assainissement de la ville de la part des autorités.

Nul ne doute des dangers du manque d’assainissement, d’hygiène publique. Il tue non seulement l’homme mais aussi, dégrade son environnement, entrave le développement économique et écologique.

Ainsi, même si la commune n’a pas encore des collines et des montagnes d’ordures, la situation sanitaire et environnementale liée au manque d’assainissement et d’hygiène publique est alarmante. Il est urgent que les autorités communales aussi bien que les habitants soient mis à contribution afin de rendre saine et propre la ville de Gao.

Pour cela, il faudra :

1- Élaborer une politique d’assainissement de la ville de Gao dans des brefs délais ;

2- Faire régulièrement des campagnes de sensibilisation, d’information, de formation en matière d’assainissement et d’hygiène publique auprès des ménages ;

3- Interdire le dépôt anarchique des déchets, le déversement des eaux usées ;

4- Interdire aux ménages de déverser les eaux usées dans les rues et de laisser écouler à l’air libre les eaux des toilettes ;

5- Interdire l’utilisation des sachets plastiques et encourager celle du biodégradable ;

6- Instaurer une taxe spéciale pour tous les fabricants et vendeurs d’eaux en sachets plastiques et les importateurs des sachets plastiques ;

7- Encourager, promouvoir et investir dans les initiatives de recyclage des déchets ;

8- Instaurer un prix du quartier le salubre, de la bande la plus salubre voire même de la rue la plus salubre afin d’encourager les populations à faire de l’assainissement, une pratique de tous les jours ;

9- Rendre moins coûteux et plus accessibles les matériels de collect des déchets solides et les matériaux de construction de puits perdus et de caniveaux ;

10- Redynamiser quelques groupements d’intérêts communs (GIE) et certaines associations féminines qui, en 2012 pendant l’occupation, avaient veillé à assainir les rues de la ville ;

11- Instaurer des sanctions et veiller à leur application afin de faire respecter toutes ces mesures.

Kanfari Sonni Anass Maiga

Source : Malicanal.com

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