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Editos / Contributions

Extrémisme violent au Mali : les jeunes partagés entre patriotisme et l’appât des terroristes

Depuis 2012, le Mali connaît une crise multidimensionnelle. L’extrémisme violent et le terrorisme constituent les éléments déclencheurs de cette crise et les violences sont désormais permanentes au nord et au centre du pays. Le Mali vit donc une guerre asymétrique qui méprise les règles fondamentales du droit international humanitaire. Les femmes et les enfants sont pour la plupart les principales victimes. Et il est important de savoir que les jeunes sont victimes d’une part parce qu’ils subissent des actes d’extrémisme violent et, d’autre part, ils sont acteurs de ces violences dans la mesure où ils sont enrôlés pour commettre des actes de terrorisme et de violence envers les populations et les forces de l’ordre.   

Généralement, l’extrémisme violent est perçu comme des actes de personnes de par leurs actions ou croyances, qui soutiennent ou utilisent la violence pour prôner une idéologie, une religion ou encore une politique. Ainsi, nous avons assisté au Mali  à l’avènement de groupes extrémistes violents comme AQMI, Boko Haram ou le groupe état islamique, au lendemain du conflit armé opposant la coalition des mouvements séparatistes de l’(Azawade), les groupes terroriste et le gouvernement National. A titre de rappel, la cible de recrutement et d’endoctrinement des groupes extrémistes au Mali demeure majoritairement la jeunesse, des personnes financièrement démunies. Les statistiques de la banque mondiale, à travers l’indice du développement humain de l’ONU 2019, classe le Mali 182e sur 188 pays. D’autant plus que la pauvreté est beaucoup plus dense dans les zones rurales, sans compter la forte densité démographique qui s’y ajoute. Ainsi, selon le rapport de la banque mondiale 2016 sur le Mali (année de la recrudescence des actes terroristes et d’extrémisme violent) le revenu mensuel par personne/mois était d’environ 38.000f cfa contre environ 92.000f cfa pour le reste de l’Afrique.

On comprendra aisément alors pourquoi les groupes extrémistes violents et terroristes arrivent à enrôler autant de jeunes au Mali. En effet, il est facile pour eux d’endoctriner un jeune vivant avec moins de 40.000f/mois et n’ayant pas de meilleures perspectives, en lui proposant par exemple le triple de cette somme pour une prestation d’une heure de temps. Et de façon permanente, ceux-ci finissent par être cerner par le cercle vicieux de la violence et de l’argent facile. Malgré la politique nationale de prévention et de lutte contre l’extrémisme violent et le terrorisme au Mali, la résolution 2250 du conseil de sécurité de l’ONU relative à la jeunesse et la paix, et les nombreux versets religieux prônant la tolérance et la non-violence, les jeunes sont de plus en plus enrôlés. Par conséquent, les actions nationales et internationales se trouvent limitées.

Selon l’envoyé spécial de l’ONU (sur ONU info) dans la région, les victimes d’attaques terroristes dans les pays du sahel se sont multipliées par 5 ces 3 dernières années avec plus de 4.000 décès en 2019 contre 770 en 2016. Le Mali n’est pas en marge de cette réalité. En effet, le rapport S/2018/1174 de décembre 2019 du secrétaire générale de l’ONU sur le Mali fait état de 64 attaques menées, dont 35 contre les Forces de défense et de sécurité maliennes, et 7 contre la MINUSMA.  Elle a aussi recensé 90 cas de violation des droits de l’homme, qui ont fait au moins 163 victimes, dont 12 femmes et 18 enfants.

Néanmoins, les organisations de jeunes travaillent  quotidiennement pour sensibiliser et cultiver l’esprit de résilience au sein des communautés, malgré qu’elles soient souvent bloquées par le manque de ressource. Dans la même dynamique, le PNUD travaille à développer une compréhension plus profonde de l’extrémisme violent. Les actions du PNUD sont axées sur une approche de développement et de consolidation de la paix ancrée dans les principes des droits de l’homme,  mais également sur la nécessité  d’une bonne gouvernance comme moyen palliatif à l’extrémisme violent.

Outre les efforts de l’Etat, et face aux fléaux de terrorisme et d’extrémisme où une frange de la jeunesse est instrumentalisée contre sa propre nation, il est pertinent de se poser la question suivante : Quelles mesures de prise en charge des victimes de terrorisme et d’extrémisme violent au Mali, et quel plan pour la déradicalisation et la réinsertion des jeunes enrôlés ?

Mahamadou A. TRAORE

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