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Editos / Contributions

Dès que j’ai appris son décès, ma vie a défilé dans ma tête…

Non pas ma vie, plutôt les souvenirs de combien la vie fut dure, de tous ces abus subis en silence, dans celui de la dignité.
Les souvenirs de la pauvreté, finalement acceptée comme destin. Oui, la pauvreté, les repas rares et frugaux. Avoir grandi, fait prendre la mesure des efforts de parents, qui chaque fois qu’ils le pouvaient, essayaient d’agrémenter les repas, avec un peu plus de viande, de légumes…
Avoir vécu la pauvreté, comme une honte.
On a honte, de manquer du minimum, on ne comprend pas pourquoi.
Et quand on vous a dit, que votre père est fou, les séquelles peuvent être terrible sur le psychique d’un enfant.
Alors que vos camarades se demandent quelle couleur de chaussures, ou de vêtements ils vont arborer, vous, vous essayez de cacher le trou, de ce qui est censé protéger votre pied… Se protéger la peau du froid, avec de l’huile de friture maintes fois utilisée, je l’ai fait… Dans l’indifférence, car le pauvre, même s’il est parmi les riches, est enfermé dans ce statut, cette condition.
La pauvreté, comme une tare, comme un défaut, qui fait que l’on vous rejette, que l’on détermine quelle est votre part, quelle est votre place.
“Hahahahahahahaaa, quand on a arrêté Gologo, Ministre, il n’avait que 15000 francs dans son compte”.
Voilà comment notre sort a été scellé.
On a omis, la dignité, l’humilité, la parcimonie, le don de soi, on les a volontairement oubliés, occultés, pour mieux faire porter la panoplie du pauvre…
Ce décès m’a fait revivre, dans les coins les plus reculés de ma conscience, de mon subconscient, la douleur d’être victime collatérale de lutte pour le pouvoir.
Une lutte, qui s’est transformée en haine active, envers les individus, dont on n’avait pu, pourtant, prouver les fautes… Fautes qui pourtant justifiaient les abus…
Chacun vit son histoire…
J’ai été arrachée à ma fratrie, et hier dans ma tête ont résonné mes cris d’enfants, lors de ma séparation d’avec ma grand-mère, qui m’avait amenée à Dakar, et prenait le train retour… Des cris de déchirure…Je me souviens que je me débattais, dans les bras de O… l’aide qui faisait aussi office de nounou…
Voilà où et comment, mon destin fut brisé, perverti la première fois… De nombreuses fois ont suivi.
Comment pourrait-il en être autrement, quand on ne sait pas quelle place est la sienne.
Sans le montrer ouvertement, mais le ressentant intrinsèquement, j’étais suicidaire, je l’ai été pendant très longtemps… La vie n’avait ni valeur ni sens pour moi…
La sagesse que l’on me prête n’est pas fortuite… Elle vient de mes victoires, sur moi-même, et j’ai eu pour ça les meilleurs des professeurs références, à savoir mes parents biologiques.

Ce destin perverti, m’a mené ensuite, d’un pays où mon nom sonnait étranger, à un autre, l’original, où il ne faisait pas forcément bon, le porter…
On m’a empêchée de voyager, on a insulté ma mère en ma présence, on a prononcé le nom de mon père avec haine quand j’étais là… Je n’ai pas eu la bourse, que je méritais, et ai failli perdre celle que j’avais obtenue, juste à cause de mon nom…
A cause de mon nom, mais aussi peut-être parce que finalement, malgré tout, la détermination, celle de celui qui subit l’arbitraire de manière stoïque, a toujours transparu dans mes yeux, j’imagine…
J’ai rendu visite à mon père en prison… et voilà que mes larmes coulent…
Pour finir ce texte, ci-dessous les dernières lignes du mémoire en défense de feu mon papa, document datant d’octobre 1979.

“Je ne brigue ni place, ni faveur d’aucune sorte
Je ne veux passer ici, ni pour un héros, ni avec l’intention de figurer en bonne place au martyrologe de la Nation malienne
Je souhaite simplement, que l’histoire m’acquitte )que cela se fasse de mon vivant ou après ma mort)
Mon vœu le plus cher, sera d’entendre dire par les citoyens maliens humbles et honnêtes : “Cet homme a toujours été du côté de la vérité et des opprimés”
En terminant, et sans vouloir empiéter sur les attributions de la justice, je dégage la responsabilité de mes codétenus”
“La vérité vaincra” Docteur Gologo.

Celui qui aurait pu, contribuer à acquitter par un repentir, qui en principe devait lui être naturel, si on se base sur sa foi ostentatoire affichée, s’en est allé, sans le faire…
C’aurait pourtant été une très belle contribution pour la construction du Mali, que de reconnaître l’amour que Modibo et ses compagnons avaient pour le Mali, et aussi leur droiture qui leur a fait accomplir en un laps de temps ce qu’ils ont accompli.
Mais, sincèrement, pouvait-on attendre autre chose de ce monsieur ? L’humilité, ne s’achète pas au marché, et ne s’obtient pas en pointant un pistolet. Même chose pour l’amour de la vérité.

On dit certes, que depuis l’indépendance, les mêmes familles se partagent le pouvoir…
Je pense qu’il faut préciser, que la branche révolutionnaire de ces familles a conduit à l’indépendance, avant d’être éjectée du pouvoir, et d’en être écartée.

Je ne peux sourire… je ne peux arrêter les larmes qui coulent.
KKS

Source : Malicanal.com

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