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Environnement

Comprendre : le Manifeste d’Arusha (1961) et la Charte de Dar-es-Salam (1963) sur la conservation de la nature

À l’occasion du “Colloque d’Arusha sur la Conservation de la Nature“, la déclaration suivante a été faite par MM.J.K. Nyéréré, Premier Ministre du Tanganyika, A.S. Fundikira, Ministre des Affaires légales et T.S Tewa, Ministre des “Lands et Surveys“.

La préservation de notre vie sauvage est un grave sujet qui concerne tous les Africains. Les créatures sauvages, dans le milieu qu’elles habitent, sont non seulement importantes en tant que source d’intérêt et d’inspiration, mais font aussi partie intégrante de nos ressources naturelles, de notre bonheur futur et de notre bien-être.

En acceptant la responsabilité de la gestion de la vie sauvage, nous déclarons solennellement que nous ferons tout ce qui sera en notre pouvoir pour que les petits-enfants de nos enfants puissent jouir de ce riche et précieux héritage.

La conservation de la vie sauvage et des habitats réclame les connaissances des spécialistes et des moyens financiers et nous souhaitons que les autres nations coopèrent à cet  important devoir, dont le succès ou la faillite intéressent non seulement le continent africain mais aussi le reste du monde.

Les États africains, pleinement conscients des responsabilités que leur confère, vis-à-vis de l’humanité en général et des populations d’Afrique en particulier, la libre gestion de leur patrimoine naturel, s’accordent à définir sous la forme  suivante la politique qu’ils s’engagent à suivre dans ce domaine.

La nature, et tout particulièrement la nature africaine, si puissante et si variée, constitue sous toutes ses formes, un dépôt sacré dont les hommes d’aujourd’hui, qui en ont le temporaire usufruit, sont comptables devant ceux de demain.

Les richesses de tous ordres qu’elle comporte, économiques, scientifiques, culturelles, esthétiques, etc., représentent un capital irremplaçable qui doit être géré avec sagesse et prudence: en effet, de multiples exemples ont démontré les effets catastrophiques et irréparables provoqués par les exploitations inconsidérées.

Une utilisation rationnelle reposant sur des règles scientifiquement déterminées et contrôlées peut  seule satisfaire, au mieux, à la fois les impératifs moraux et les intérêts matériels bien compris.

L’importance d’une telle politique est d’autant plus grande que ses bienfaits ne se font pas seulement sentir là même où elle est appliquée, mais, le plus souvent, aussi dans les régions voisines, en particulier en régularisant le débit des rivières.

Qu’il s’agisse des eaux de sols, des animaux ou des plantes, toute utilisation et tout prélèvement devraient être raisonnablement proportionnés aux taux de renouvellement, ou d’entretien des ressources en cause, et devraient toujours tenir compte de l’extrême fragilité de beaucoup d’équilibres naturels et de la gravité des conséquences que leur destruction peut entrainer jusque dans un avenir lointain.

En particulier, tout grand projet d’équipement nouveau, tel que barrage, usine hydro-électrique, entreprise hydraulique, minière, agricole, etc., devrait être préalablement étudié par l’ensemble des spécialistes intéressés, biologistes compris, afin que les répercussions probables sur les conditions naturelles puissent être exactement pesées. S’il s’avère impossible de remettre en cause un important projet d’équipement aux conséquences économiques et sociales multiples, la possibilité restera ouverte de procéder au moins au transfert de certaines des espèces menacées.

En vue d’assurer la conservation “d’habitats” dont la préservation globale est un objectif scientifique majeur et de sauver la faune et la flore, dont l’extinction constituerait pour le monde entier une perte irréparable, il sera procédé:

  1. a) À la création ou à l’extension des territoires protégés des divers types (parc nationaux, réserves naturelles intégrales, etc.) choisis au sein des divers milieux naturels les plus représentatifs de la nature africaine et demeurés aussi intacts que possible;
  2. b) à une restauration méthodique de ces habitats là où l’activité humaine les aurait détruits ou exagérément transformés;
  3. c) à une application pleinement efficace de la réglementation sur la chasse;
  4. d) à une extension éventuelle, après consultation des autorités scientifiques compétentes, de la liste officielle interafricaine des espèces protégées, partiellement ou entièrement;
  5. e) à l’intégration de la nature dans les plans d’utilisation des sols dans le cadre d’une agriculture à grande échelle. L’augmentation du nombre des territoires protégés pour garantir à la nature, au moins localement, des conditions de survivance, peut d’ailleurs favoriser le développement des activités humaines des régions adjacentes.
  6. f) Une campagne active permanente d’information et d’éducation, s’adressant en particulier aux enfants des écoles, propagera les notions fondamentales, à la fois pratiques et éthiques, sur lesquelles doit reposer, dans une nation moderne, la protection de la Nature et la conservation des ressources naturelles.

La conservation de la Nature et des ressources dans chaque État d’Afrique relève d’un ou de plusieurs organismes spécialisés dotés d’un personnel approprié et ayant accès aux conseils et à la documentation technique et scientifique nécessaires.

Théodore Monod

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