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Colmatage et bricolage des années scolaires : quel avenir pour l’école malienne ?

Décidément, le président Ibrahim Boubacar Keïta n’a aucune solution pour l’école malienne. Après l’année scolaire précédente 2018-2019 colmatée dont on n’a pas fini d’évaluer les conséquences, voilà qu’il se lance encore une fois dans le bricolage de l’année scolaire 2019-2020. Avec ces colmatages et ces bricolages, l’on est en droit de se demander quel avenir pour notre école?

De l’ouverture à aujourd’hui, notre école, au niveau du public, n’a pas fait trois mois pleins de cours à cause du refus manifeste de son Premier ministre, ministre de l’Économie et des Finances, Dr Boubou Cissé d’appliquer une loi de la République à savoir l’article 39 du statut général des fonctionnaires, pourquoi? Allez- savoir.

Face à son entêtement et devant la détermination des syndicats d’enseignants de faire aboutir leur exigence, notre école s’est trouvée dans une situation de détresse. Devant cette situation, le gouvernement Boubou s’est trouvé à court d’idée, au lieu de se plier à la loi pour obtempérer et éviter ainsi à notre école ce sort qu’elle est en train de vivre, non il préfère recourir au colmatage et au bricolage. C’est ainsi que  dans sa tentative de contourner les enseignants pour faire fonctionner les écoles il avait initié le recrutement des volontaires pour suppléer les titulaires, une initiative qui fut mort-née.

Avec l’avènement de cette pandémie de coronavirus, l’occasion lui semblait toute trouvée pour sortir de cette impasse. C’est pourquoi dès l’apparition des trois premiers cas, le mercredi 25 mars 2020, il s’est précipité de fermer comme par mimétisme les écoles jusqu’au 9 mai 2020 en comptant combler le vide par les cours à distance via les réseaux sociaux, la télévision et la radio. Là aussi, le succès ne semble pas être au rendez- vous.

Maintenant qu’à la date du 9 mai et surtout avec l’échec de la négociation avec les syndicats d’enseignants grévistes, voilà qu’il décide de la reprise des cours, le 2 juin 2020, mais uniquement pour les classes d’examens et quant aux autres, c’est à dire les classes intermédiaires et les universités, elles doivent attendre jusqu’à nouvel ordre. Cette décision qui traduit la volonté du gouvernement de sauver l’année scolaire uniquement pour les classes d’examens, ne nous fera pas non plus sortir des vagues qui transportent notre école. Elle ne résout nullement le problème au contraire elle ne fait que le déplacer et créer d’autres de plus.

En effet, en permettant uniquement aux  classes d’examens de poursuivre l’année scolaire et avec une possible année facultative ou blanche au niveau des autres ordres d’enseignement, cela aura comme première conséquence néfaste, la pléthore des effectifs tant au niveau des 10ème des lycées que des premières années des universités. Et qui parle de pléthore des effectifs parle également de la multiplication des salles de classes qui à plusieurs endroits s’avèrent déjà insuffisantes et l’augmentation du volume horaires, donc l’augmentation des dépenses scolaires tant pour le public que pour le privé.

À l’université, nous retrouverons face aux éternels problèmes des heures supplémentaires qui, nous le savons tous, ont fortement impacté et continuent toujours d’impacter la tenue régulières des cours.

La question fondamentale que nous nous poserons ici est de savoir est ce qu’il est possible de parler d’une année scolaire normale lorsqu’il n’y’a eu que des examens scolaires et les autres ordres ayant été appelés à fermer jusqu’à nouvel ordre? Quel crédit pouvons-nous donner à ces diplômes issus d’une année scolaire colmatée? Ces nouveaux titulaires de ces diplômes pourront- ils poursuivre les études au niveau supérieur ?

Pire, si les titulaires du DEF et du BAC ont un peu de chance de pouvoir améliorer leur connaissances en poursuivant au niveau supérieur, avec les titulaires du CAP et BT, tel n’est pas le cas. Avec l’enseignement technique et professionnel, il s’agit, dès l’obtention de l’attestation, d’appliquer ce que l’on a appris. Alors avec des années colmatées, imaginons combien de mauvais techniciens vont se trouver déverser sur le marché ? Pouvons-nous évaluer les conséquences  des actes que poseront ces mauvais techniciens sur la vie de la cité ?

Alors, il est temps si non grand temps que nous nous réveillons pour prendre notre école au sérieux et la sauver de cette déconfiture. Les discours mielleux ou fantaisistes n’ont plus aucune place. Il urge pour chacun de nous d’agir en faveur de notre école. La grande mobilisation sociale et gouvernementale qui se fait aujourd’hui contre le coronavirus, si notre école avait bénéficié d’une telle mobilisation, c’est sûr que maintenant allait trouver qu’on avait vu le bout du tunnel.

Aujourd’hui, notre démission collective voire notre indifférence totale face à la situation de l’école fait que celle-ci se meurt à petit feu. Les gouvernants ne cesseront jamais de tergiverser sur la question de l’école tant que nous les premiers consommateurs du produit de cette école n’en ferons pas une priorité absolue.

Si le coronavirus est aujourd’hui combattu en tant qu’ennemi numéro 1, notre silence coupable fait de nous pires que ce coronavirus car, lui, il tue des individus, nous, à cause de notre passivité, nous tuerons des générations. Et tôt ou tard, nous serons appelés un jour à répondre de nos actes devant le tribunal de l’histoire.

Daouda DOUMBIA

Source; L inter de Bamako 

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