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Editos / Contributions

Boua Ni Sogoma

Bonjour Kôrô Président et que la Paix de Dieu soit sur vous et sur ce peuple dont le destin est aujourd’hui entre vos mains !Six ans déjà d’une gestion difficile, caractérisée par la succession d’au moins cinq Premiers ministres à la tête du gouvernement, de nombreuses marches de protestation ou de contestation qui, à certains moments de la vie de notre pays, ont fait penser au pire, au coup d’Etat qui serait la pire des catastrophes que notre pays aurait pu connaître après la mascarade du capitaine Sanogo bombardé général comme le dirait un correspondant de la place, et compagnie. Et si nous ne nous relevons toujours pas de cette descente aux enfers, c’est bien plus à cause du chaos dans lequel ces officiers putschistes nous ont mis que du fait des jihadistes. Ils sont encore nombreux les acteurs et complices de ce coup d’Etat à s’agiter pour déstabiliser votre régime parce que, par une loi scélérate ou un décret ou une ordonnance, ils ont été amnistiés pour permettre, disait-on à l’époque, de pacifier le pays.

Je ne crois pas que l’on a mesuré tout le mal que ces gens ont fait à notre pays et les politologues n’ont pas eux aussi interrogé l’histoire pour nous dire au bout de combien de dizaines d’années nous allons nous sortir de ce précipice. Et vous vous êtes arrivé à ce moment précis de l’histoire de notre pays pour vouloir changer, relever les pans de mur qui sont tombés, remettre le pays au travail, ramener la paix et la quiétude.

Six ans donc pour gérer des crises sociales, des crises politico-religieuses, des crises politiques, des crises scolaires orchestrées par ces manipulateurs de l’école malienne qui, depuis 1991, n’ont trouvé d’autres moyens de déstabiliser notre pays qu’en portant la contestation au niveau de nos enfants qui ne sont plus des élèves ou des étudiants mais des hommes politiques.

En 2012, tout le Septentrion de notre pays a été dégarni, abandonné par nos Forces de défense et de sécurité à la seule merci des trafiquants de tous bords, des intégristes, des islamistes, des bandits armés et des vagabonds du monde entier qui ont pris quartier dans cette partie de notre territoire pour en faire un no man’s land.

Kôrô Président vous n’êtes pas “Tountourou” ni un fou pour présider aux destinées d’un pays comme le nôtre où tout est faux et mensonge, où même vous avec toute cette passion que vous avez pour ce pays vous ne savez pas où donner de la tête. Si l’on pouvait lire en votre for intérieur, l’on découvrirait sans aucun doute qu’en certains jours vous avez regretté d’avoir brigué un mandat et même deux.

Moi en tant que Malinké comme vous, je sais que votre orgueil ne vous amènera jamais à vouloir songer à démissionner, ni à tripatouiller la Constitution pour vous maintenir au pouvoir alors que vous vous posez déjà la question de savoir comment en finir avec le mandat en cours.

Les enjeux pour ce second mandat sont nombreux, mais je voudrais que l’on puisse compter dans votre bilan qui sera sans aucun doute contesté par tous ceux-là qui ne vous ont pas donné le temps de vous consacrer à vos missions régaliennes de développement du pays, de défense de la nation et du rayonnement international de notre pays.

Votre bilan, s’ils avaient l’honnêteté de vous en reconnaitre un, devrait comporter :

  1. Au plan politique

La réussite du Dialogue national inclusif qui doit être le plus grand Toguna de l’histoire de notre démocratie. C’est là où le Mali réel, le Mali profond, dans sa diversité, sortira de ses tripes ce qu’il ressent sans fard ni détours, en dehors de toute influence politicienne ou politique.

Nous avons l’obligation de réussir cette rencontre, celle de l’une des dernières chances. Je sais que ça ne sera facile pour ceux qui ont vécu l’atmosphère des deux journées de validation des termes de référence et du règlement intérieur, ils comprendront que c’est le Mali et rien que le Mali qui a occupé l’essentiel de ces deux jours de débats au CICB.

Et malgré toute l’insistance de certains chefs de parti politique et non des moindres à vouloir coller à ces assises l’étiquette politique, la société civile a fait bloc pour occulter la connotation politique de l’intitulé du dialogue, toute chose qui aurait pu en enlever l’essence bien que les politiciens soient les initiateurs de ce Dialogue national.

Ne faites pas ombrage Kôrô Président à ce petit peuple qui voudrait remuer dans la fourmilière pour sortir les problèmes qu’il ne comprend pas et qui sont discutés et décidés en son nom et ailleurs et par d’autres, fussent-ils ses représentants, il s’agit de : l’accord pour la paix et la réconciliation issu du Processus d’Alger dont les textes sont transcrits en français certes la langue officielle du pays mais que moins de vingt pour cent de nos populations parlent.

Il y a beaucoup de choses qui y sont dites mais que vos cadres mêmes dans une large majorité ne comprennent pas. Et que dire donc de ce citoyen lambda qui n’est pas allé à l’école et qui ne comprend pas un traitre mot de français.

Laissez donc le temps à votre peuple de pouvoir se faire lire, de comprendre et même de faire comprendre au maximum de nos compatriotes ce que peuvent cacher certaines subtilités de cet accord auquel certains des signataires ne veulent pas qu’on touche du tout. Ils vous l’ont fait déjà savoir.

Pourquoi cette réticence à ce que le peuple revisite l’accord pour se rassurer qu’il est le reflet de ses propres désidératas. Ceux qui contestent à ce peuple ce droit souverain qu’est-ce qu’ils auraient à craindre dans ce qui pourrait être appelé le grand déballage si l’on devait lire entre les interstices d’accords auxquels le plus grand nombre ne comprend rien ou du moins peu de choses ?

En tous les cas vous, vous avez la légitimité que vous confère votre élection par la majorité pour être président du Mali. Vous n’avez nulle crainte à suivre ce peuple dans sa volonté de chercher à savoir à quel saint se vouer ou plutôt à quelle sauce il va être mangé. Ce droit, vous le devez à votre peuple.

Le Dialogue national ouvrira sans aucun doute les débats sur la révision constitutionnelle qui s’impose comme un préalable au respect de bon nombre de parties de l’accord et de beaucoup d’autres engagements auxquels notre pays a souscrits. Tous les présidents de l’ère démocratique s’y sont essayés et ont fini par l’abandonner.

On reprochait à Alpha de vouloir tripatouiller la Constitution pour se donner un troisième mandat et son successeur n’était pas exempt de la même intention. Surtout que l’Occident avait filé entre les mains de ce dernier de la patate chaude avec le code de la famille contre lequel les musulmans avaient vent débout.

Vous l’avez essayé vous aussi en 2017 et vous y avez renoncé sous la pression d’An Tè A Bana. En bon Mandenka vous n’y renoncerez pas aussi facilement. Vous la ramenez en 2019 à travers une commission. Vous êtes encore une fois obligé de faire marche arrière et le Dialogue national inclusif reste la meilleure parade que vous avez trouvée en dépit de l’opposition d’une frange de partis politiques, il s’agit des jusqu’au-boutistes.

Beaucoup de ceux qui combattent le projet soupçonnent l’intégration de l’accord d’Alger à la Constitution, ce qui consacrerait la partition du pays.

Dans tous les cas, pour réviser cet acte fondamental qui, du reste, est obsolète et tout le monde en convient, il faut un référendum qui, même impopulaire, s’impose comme la seule alternative qui vaille. C’est cette Constitution revisitée qui tranchera les questions de la Cour des comptes qu’il faut dissocier de la Cour suprême et de la question du Sénat.

Le Sénat pourrait être ce Conseil économique, social et culturel rénové et renforcé par les élus qui viendront des faîtières et ces autres qui sont en dehors du champ politique et qui seront désignés par le président de la République en fonction de leur statut social.

Ou si l’on doit garder le Conseil économique, social et culturel vous devriez en revoir le statut. Je sais que vous ignorez tout des conditions de travail des membres de cette institution ainsi que les indemnités qui leur sont allouées. Une véritable misère. L’obligation de réserve ne nous permet pas de vous en dire plus et pour tout le respect que nous devons à notre pays et à nous-mêmes, nous vous demandons de jeter un coup d’œil sur cette institution qui est à la traîne de toutes les autres. Et je sais que jamais vous n’avez été informé de la misère des membres de cette institution où l’on retrouve les représentants de toutes les forces vives de la nation, institution qui reste après tout le creuset de la société civile.

Peut-être qu’il y aurait trop d’institutions au Mali ? Nous avons calqué notre système administratif, politique et judiciaire sur le modèle occidental qui, lui, tire son essence de la culture et du système d’organisation sociale de cette partie du monde. Le couper-copier- coller peut souvent ne pas prendre, nous aurions dû essayer nos modes d’organisation d’hier et en tirer l’essence de notre démocratie.

C’est pourquoi il y a ce divorce entre le Mali officiel et le Mali réel, entre le Mali légal et le Mali légitime.

Le constat est aujourd’hui établi que les autorités coutumières, infra communales, les chefs de fraction au nord, les chefs songhay, les notabilités, les chefs religieux et quelques fois les chefs de canton notamment dans le pays soninké sont mieux écoutés, plus respectés, plus crédibles et plus craints que les autorités administratives conventionnelles, que les politiques et même les chefs d’institution.

Les partis politiques ne peuvent porter certains discours parce qu’ils sont inaudibles sur certaines questions. Par contre, les mouvements et les réseaux sociaux, les leaders d’opinion, les activistes, la rue, etc. sont mieux écoutés aujourd’hui que les organes de l’Etat, les formations politiques. C’est la rue qui a le monopole de la vérité et au lieu de la République nous avons la rue publique.

Il est de notoriété publique que Facebook, WhatsApp sont les moyens de communication les plus usités aujourd’hui et que le cadre malien lui-même ne regarde la chaîne de télévision nationale ORTM que le mercredi jour du conseil des ministres et la radio nationale que pour la page nécrologique.

Ce divorce se manifeste également sur le terrain de la prise de parole :

– La parole officielle

– La parole institutionnelle

– La parole politique

Tout cela est décrédibilisé par les médias officiels au profit du privé, du non-étatique et même de l’apolitique.

Essayons de retourner à nos fondamentaux pour voir ce que cela peut donner. Autrement l’architecture juridico-politico-sociale que nous avons empruntée à nos colonisateurs ne marche pas toujours, malgré les adaptations, les améliorations qu’on y a apportées parce qu’elle est malheureusement très loin de l’architecture de nos sociétés qui pourtant étaient bien hiérarchisées, bien organisées.

Puissent donc les concertations nationales inclusives s’inspirer de ce que nous fûmes et de ce que nous fîmes avant notre contact avec l’occident et son système d’organisation.

  1. Au plan social

La lutte que vous avez enclenchée contre la corruption, le détournement de deniers publics doit se poursuivre pour traquer jusque dans leur dernier retranchement ces apatrides qui ont longtemps sucé le sang du citoyen.

Permettez Kôrô Président que les structures en charge de ces dossiers puissent aller au fond de leurs investigations sans interférence pour que l’on n’ait pas à dire qu’il y a une justice sélective.

On pense que vous vous inquiéteriez pour votre fils et moi dans ma petite analyse je ne vois pas en quoi il pourrait être inquiété, n’ayant jamais exercé dans la fonction publique, n’ayant jamais géré une caisse de l’Etat ou des fonds publics. A quel titre donc serait-il mêlé ou de près ou de loin à l’achat d’armes de guerre ou de matériels militaires fut-il président de la commission de défense de l’Assemblée nationale ?

Et si vos adversaires pensent que les éclaboussures de ces mouvements pourraient vous atteindre, alors, donnez libre cours aux enquêteurs pour qu’ils fouillent, fouinent partout pour retrouver tout ce qu’on a volé au peuple, ce peuple martyre qui, stoïquement, a assisté à la destruction de ses propres ressources par ses propres fils.

Vous privilégiez depuis un certain temps vos adversaires, ceux qui vous ont combattu pendant votre premier mandat et qui se sont opposés à votre réélection pour un deuxième mandat. Parmi eux certains continuent de contester la légitimité de votre élection du second tour. Et paradoxe, Kôrô Président c’est à ceux-ci que vous avez tendu la main au détriment de vos camarades de parti. Cela vous l’a fait pour le Mali, pour la stabilité du Mali et certainement aussi pour sauver votre mandat.

Vous avez rapproché certains leaders religieux qui ont mobilisé des centaines de personnes contre vous, cela aussi vous l’avez accepté pour le Mali et rien que pour le Mali. Vous avez accepté compromis et compromissions pour concilier des positions souvent difficilement conciliables pour le Mali et rien que pour le Mali.

Faites aussi un clin d’œil à ces cadres des formations politiques qui vous ont soutenu, notamment les cadres d’Ensemble pour le Mali (EPM). Ils méritent non pas le salaire de leur engagement pour vous, mais d’avoir à prouver davantage leur amour pour le Mali à des postes de responsabilité où ils pourraient s’exprimer mieux et mieux exprimer leur amour pour le Mali.

C’est vrai que ce n’est pas un partage de gâteau, autrement il ne vous sera pas possible de donner de la place à tout le monde, mais il y a quelques-uns que vous ne devrez pas oublier tant le sacrifice qu’ils ont consenti et pour vous et pour le Mali est immense. Vous en avez le temps, il vous reste encore heureusement plus de trois ans pour remettre le pays au travail, moraliser la vie publique et permettre l’émergence d’une jeunesse consciente et responsable capable après vous de maintenir le niveau de croissance que vous allez donner à notre économie.

Parce qu’avec les vagues d’arrestations qui s’opèrent maintenant je suis sûr que ceux qui étaient enclins à se faire les poches vont désormais s’abstenir et tant mieux pour les “bénis”, car ceux qui en ont eu l’occasion s’ils n’en profitent pas ils sont considérés par leurs proches comme des maudits. Quelle société nous-sommes ?

Je sais que depuis un certain temps vous ne dormez plus assez à cause des interventions de parents, amis et relations diverses de ceux qui sont poursuivis par notre justice qui elle aussi ne doit plus décevoir. Elle a aujourd’hui le vent en poupe et les juges du Pôle économique ainsi que leur ministre sont considérés par le peuple du Mali qui a longtemps rêvé à de tels justiciers, comme des héros qui, un jour seront reçus en triomphe par notre peuple. Donnez-leur déjà toute la protection qu’il leur faut et la garantie de la sécurité pour eux-mêmes et pour leur famille et mettez-les dans toutes les conditions matérielles et financières pour les éloigner de la tentation.

Les autres juges qui ont acquitté les gros voleurs d’hier ou classé leur dossier sans suite, devraient être rappelés devant la Haute cour de justice ou toute autre structure ou juridiction pour répondre de leurs actes, l’impunité n’a que trop durer dans ce pays.

Kôrô Président, merci pour votre courage à vous attaquer à un fléau qui dure depuis vingt-huit ans déjà et auquel personne n’avait trouvé la solution.

Qu’Allah SWT vous donne la santé physique, morale et intellectuelle pour conduire votre pays vers la paix qui reste le principal goulot à vos pieds. Vous vous êtes engagé à permettre à tous les Maliens de dormir tranquillement, de voyager en toute sécurité sur toute l’étendue du territoire national. C’est un rêve, un vœu pieux mais dont vous ne pourrez pas être l’artisan tant le temps vous manque et tant les facteurs exogènes qui vous en empêchent sont nombreux et au-dessus de vos moyens, à moins que le peuple dans une majorité écrasante vous y aide, ce qui à mon avis est un leurre à cause des mêmes politiciens qui n’aiment pas le Mali et qui n’aiment qu’eux-mêmes.

Qu’Allah SWT protège et bénisse notre pays.

           Mamoutou KEITA

  Producteur de spectacles

SOURCE AUJOURDHUI

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