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Biden l’endormi contre Trump la fureur : deux campagnes aux antipodes

En raison du Covid, rarement élection américaine aura vu deux campagnes si différentes s’opposer. Trump reprend les meetings tandis que Biden mise sur le virtuel.

Par , correspondante à Washington

Le bombardement de textos a commencé 24 heures avant le meeting. « Félicitations, mon amie, vous avez gagné le titre de patriote pour Trump », dit l’un. « Félicitations, vous avez gagné notre tout nouveau tee-shirt “Attribuez ce siège !” (une référence à la nomination d’une juge à la Cour suprême). Envoyez 30 dollars et recevez-le dès maintenant ! » enjoint un autre. Puis est arrivé un e-mail sur les consignes à suivre pour assister au meeting. On y mentionne le fait qu’on prendra votre température à l’arrivée, mais nulle part il n’est précisé qu’il faudra porter un masque…

Harrisburg, une ville de 50 00 personnes et capitale de la Pennsylvanie, est en ébullition. Donald Trump tient ce samedi soir un meeting dans cet État clé. Et cela se passe à l’aéroport, devant un hangar d’aviation. C’est son truc, à Trump, les meetings sur le tarmac. Il y a de la place pour rassembler des foules, c’est en plein air, et surtout ça permet de faire un show aérien en arrivant dans l’Air Force One avant de se poser aux pieds de ses partisans. Las ! À Harrisburg, il y a une chape de nuages et la foule qui le guette impatiemment ne peut filmer sa descente. Qu’importe, le gros avion bleu vient se garer au pied des tribunes.

Donald Trump est reparti en campagne, comme si le virus s’était volatilisé. Du Wisconsin à la Pennsylvanie, il multiplie les meetings électoraux devant des milliers de supporteurs pressés comme des sardines, sans masque, et qui scandent avec enthousiasme « Quatre ans de plus, quatre ans de plus ». À Harrisburg, ils sont plus de 6 000 rassemblés autour d’un podium. Les seuls qui portent un masque orné du slogan MAGA (Make America Great again) sont la vingtaine de fans que l’on a placés judicieusement pour les caméras derrière le président.

Évidemment, ce genre de rassemblement de masse va à l’encontre de toutes les consignes sanitaires imposées par les autorités de l’État. « C’est non seulement peu judicieux, mais dangereux », a déclaré Tom Wolf, le gouverneur démocrate de Pennsylvanie.

La campagne virtuelle de Joe

La principale cible des moqueries des meetings de Donald Trump, c’est « Joe Biden l’endormi », qui passe, selon lui, le plus clair de son temps dans sa cave chez lui dans le Delaware. Difficile, en effet, d’avoir deux campagnes plus différentes. Non seulement les deux candidats ont des positions aux antipodes sur la santé, le Covid, l’immigration, mais c’est également le jour et la nuit dans la manière dont ils mobilisent les électeurs et diffusent leur message.

Joe Biden, pour cause de pandémie, a adopté une campagne quasiment virtuelle. Il ne fait pas de grands meetings et, quand il sort, c’est en petit comité. Il préfère les tables rondes et les discussions via Zoom. Alors que les équipes de Donald Trump se vantent de taper à un million de portes par semaine pour convaincre les électeurs, les équipes de Biden, elles, mettent le paquet sur les pubs télé, et cherchent à mobiliser les électeurs par des appels téléphoniques, des textos… « Vous avez peut-être entendu notre adversaire passer beaucoup de temps à parler des millions de portes auxquelles ils ont frappé semaine après semaine, mais ces chiffres ne veulent rien dire en termes d’impact sur les électeurs », affirme Jennifer O’Malley Dillon, la directrice de campagne de Biden. « Notre indicateur de succès, les chiffres que nous regardons et que nous utilisons, ce sont les conversations. » Le mois dernier, les militants démocrates ont engagé 2,6 millions de conversations avec des électeurs potentiels dans les États importants. Tout ça par téléphone ou textos.

Joe Biden espère que cette approche prudente et respectueuse des consignes médicales séduira les électeurs en se positionnant à l’opposé de Donald Trump, qui se moque des risques de la pandémie. Mais cette stratégie ne fait pas l’unanimité. Alors que l’écart dans les sondages se réduit, certains responsables démocrates s’inquiètent. « J’ai l’impression que c’est une guerre asymétrique », se lamente dans le New York Times Matt Munsey, le patron de la branche du parti dans le comté de Northampton, dans l’est de la Pennsylvanie, ajoutant que les événements virtuels « n’atteignent pas nécessairement les gens ».

D’autres se plaignent que Joe Biden a tardé à recruter des directeurs d’opérations dans chaque État et qu’il ne vienne pas assez dans le Wisconsin ou en Arizona. Depuis le 11 août, selon une analyse de l’agence Associated Press, il y a eu vingt-deux jours durant lesquels Joe Biden n’a pas fait d’apparitions publiques, sauf pour aller à la messe ou faire des levées de fonds virtuelles. Tandis que, ces derniers mois, Donald Trump a effectué 24 voyages dans 17 États…

« Vous avez besoin de beaucoup d’énergie pour faire bien ce boulot »

À l’approche du scrutin, des militants démocrates prennent les choses en main. Dans la région de Pittsburgh, en Pennsylvanie, Erin Shifflett, une prof d’anglais, a organisé elle-même une distribution de pancartes au nom de Biden. L’équipe du candidat rétorque qu’elle a recruté plus de 2 500 personnes et fait un « investissement » de 100 millions de dollars pour organiser la campagne sur le terrain. Elle prévoit dans les jours à venir de déployer des militants pour aller distribuer des prospectus à domicile. Et Joe Biden a annoncé un voyage en train dans l’Ohio et en Pennsylvanie.

Évidemment, c’est du pain bénit pour Donald Trump, car ça renforce la caricature de Biden – papy croulant et fatigué – qu’il ne cesse de marteler. C’est un type « qui a peu d’énergie », répète le président dans ses meetings, même s’ils n’ont que trois ans de différence. « Vous avez besoin de beaucoup d’énergie pour bien faire ce boulot. »

Mais l’approche non traditionnelle de Joe Biden plaît à certains électeurs. « Je trouve plutôt positif qu’il se cantonne à une campagne virtuelle. Ça montre que c’est un leader responsable, qui prend la pandémie au sérieux », estime Lynn, une mère de famille en train de faire ses courses dans un marché de Wilkes-Barre, une petite ville de Pennsylvanie. « Il respecte les consignes des médecins car il croit dans la science et veut éviter que ses concitoyens ne prennent des risques », renchérit Marvin Kaplan, un employé d’assurance qui passe des appels téléphoniques les week-ends pour la campagne.

Il y a en tout cas un domaine dans lequel Joe Biden taille des croupières à son rival, c’est la collecte de fonds. Le démocrate a fait des dizaines de séances de Zoom avec des bailleurs de fonds et a récolté un record de 365 millions de dollars en août. Soit 150 millions de plus que Donald Trump.

Source : le Point

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