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Environnement Société

Axe Bamako-Ouagadougou-Niamey-Gao : l’enfer déshumanisant des Maliens infligés par des gendarmes et policiers burkinabé

Dans un silence assourdissant des autorités maliennes et burkinabé, des milliers de Maliens qui empruntent le corridor Bamako-Ouagadougou-Niamey-Gao souffrent le martyr rien que pour la traversée du Burkina Faso. Les passagers venus du Mali sont traités comme des parias car ils sont souvent frappés et insultés. Leurs droits bafoués. Tout ça à cause de 2 000 F CFA.

«Il n’est pas beau de voir un homme à la merci d’un autre homme», a dit Ibrahima Ly dans son livre «Toile d’araignée». C’est malheureusement ce qui se passe au Burkina Faso où les passagers maliens, dont la plupart regagnent Gao en traversant le Burkina et le Niger (deux pays voisins de l’Afrique de l’ouest) à cause de l’insécurité, se trouvent piéger aux nombreux postes de contrôle du pays de Thomas Sankara. Ce pays, jadis, réputé pour le sérieux et l’exemplarité de ses agents.

Il est 17h à ce poste frontière entre le Mali et Burkina, des passagers de la compagnie SONEF venant de Bamako débarquent du car sous haute surveillance des agents de contrôle de la gendarmerie burkinabè. A quelques mètres du poste, les passagers descendent et se mettent à la queue leu-leu sous les insultes et les humiliations des agents. La consigne est claire : on ne descend pas avec un téléphone capable de filmer ou d’enregistrer. Tout appareil suspect est retiré par les agents qui craignent d’être filmé par les passagers.

Puis ils sont trainés jusqu’au poste. Là commence le racket et les humiliations. Avec ou sans pièces d’identité et carnet de vaccination, le passager de nationalité malienne paye ce qui ressemble fort à un droit de passage qui s’élève de 2 000 à 4 000 F Cfa selon l’humeur de l’agent. Les «récalcitrants» qui opposeraient la moindre résistance sont insultés, menacés et souvent frappés sans aucune forme de procès. Avec le risque de se voir souvent jetés en garde à vue dans un bureau du poste.

«Nous avons été dépouillés de tout notre argent par les agents de police et de gendarmerie du Burkina Faso aux nombreux postes de contrôle alors que nous avons des pièces d’identité en cours de validité», a dénoncé Achikoula. Et de poursuive «ceux qui n’ont pas pu payer 2 000 ou 3 000 F sont retenus aux postes. Il a fallu la solidarité de certains passagers qui ont payé pour les libérer des griffes des agents véreux. Souvent les postes sont séparés par quelques mètres seulement. Et on paye à chaque poste».

Payer sans reçu

«Nous marchons d’un poste à l’autre pour payer sans reçu et avec à la clé une humiliation des agents…», soupir Achikoula. Il dit ne plus savoir à quel saint se vouer lui qui pratique fréquemment ce corridor.

«J’ai payé à chaque poste 3000 F CFA sans reçu et j’ai dépensé plus de 25 000 F pour traverser le Burkina Faso», a dénoncé Maïmouna, une jeune dame qui a relié Gao le mois dernier. Avant de revendiquer protection aux autorités maliennes.

L’argent qui se chiffre à plusieurs dizaines de millions par mois est-il versé au gouvernement burkinabé ou à un quelconque réseau de hauts gradés du pays ? Certaines indiscrétions estiment que l’argent indument récoltés est partagé entre les agents en service. En tous les cas, le silence des autorités burkinabé en dit long sur ce racket systématique. Au moment où les langues commencent à se délier et la résistance s’organise au sein de certaines organisations de la société civile, le pire est à craindre.

Pourtant lors de l’Espace d’interpellation Démocratique (EID) en décembre dernier, le Conseil des Maliens du Niger a interpellé le ministre malien de la Sécurité et de la Protection civile sur la question du racket sur le territoire burkinabé. Mais, aucune réponse satisfaisante ni aucune action n’a été entreprise pour mettre fin à ce calvaire des passagers qui traversent ce pays frère. Aussi le gouvernement, à travers le même ministre, a-t-il été interpellé par un député sur le même problème. Mais jusqu’à présent c’est l’omerta totale sur la question.

Ce racket est aussi constaté aux postes de contrôle nigériens et maliens mais à des proportions différentes. Pas d’humiliation ni de brimade comme au Burkina. Les agents de ces pays prélèvent aussi indument 500 ou 1000 F CFA aux passagers, selon des témoignages.

Mépris au traité de la CEDEAO

Le Traité de la Communauté des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) a institué la libre circulation des personnes. Autrement, tout ressortissant de la Communauté a le droit de se déplacer librement d’un Etat à un autre sans entrave.

L’article 2 du Protocole A/P1/5/79 sur la libre circulation des personnes, le droit de résidence et d’établissement, en ses principes généraux, dispose : «Les citoyens de la Communauté ont le droit d’entrer, de réaliser et de s’établir sur le territoire des Etats membres. Le droit d’entrée, de résidence et d’établissement mentionné sera établi progressivement au cours d’une période maximum de quinze (15) ans, à compter de l’entrée en vigueur définitive du présent protocole, par l’abolition de tous les obstacles à la libre circulation des personnes et au droit de résidence et d’établissement».

Ce traité qui date de 40 ans est foulé aux pieds par ceux qui sont sensés le faire respecter. En définitive, chez les autorités maliennes et burkinabé, rien ne semble être fait pour enrayer ce prélèvement indu d’argent aux pauvres passagers. Mais, la société civile commence à prendre la mesure de la menace et à s’organiser en conséquence.

Ce racket révoltant chevillé à l’injustice ne va-t-il pas alimenter le terrorisme qui frappe ces petits pays ?

A suivre dans notre prochaine livraison : Dialogue entre un agent burkinabé et un passager racketté.

Hachi Cissé

Source: Le Combat

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