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Au Mali, “l’aide au développement a participé au dépeçage de l’Etat”

Dans ce pays ouest-africain, les religieux ont pris la main sur les questions sociales, abandonnées par les autorités et sous-traitées aux ONG financées de l’étranger. Un mécanisme que décrypte Philippe Bernard, éditorialiste au « Monde », dans sa chronique.

Chronique. Ce sourire-là, d’un chauffeur de taxi de Bamako, ne s’oublie pas. En plein embouteillage, sa voiture était coincée face à une affiche d’une ONG occidentale. « Donneriez-vous votre fille à cet homme ? », interrogeait la publicité sur fond de photo d’un digne vieillard à barbe grise. Pour les promoteurs de cette campagne en faveur des droits des femmes, la réponse – négative – allait certainement de soi. Pas pour le conducteur, un père de famille malien : « Tout le monde répond “oui” à cette question car l’homme a l’air riche », avait-il commenté. C’était il y a dix ans. Vu de France, le Mali était encore considéré comme une vitrine démocratique, l’un des meilleurs élèves de la politique africaine de la France.

Mais le ver était dans le fruit : l’ignorance des réalités sociales africaines et l’illusion qui fait croire aux bailleurs de fonds (Etats étrangers, agences de l’ONU et ONG) que leur puissance financière leur assure la prééminence dans des pays parmi les plus pauvres du monde, et qu’une soumission formelle à leurs principes (égalité femmes-hommes, transparence financière, élections) vaut adhésion. La suite a montré la vanité de ces promesses, le piège de ces faux-semblants et la perversité de mécanismes d’aide qui, conçus à l’étranger, ont peu à peu phagocyté un Etat déjà faible et corrompu.

Si le Mali a basculé pour se trouver aujourd’hui livré au djihadisme et à la violence, c’est d’abord parce que les islamistes chassés de l’Algérie frontalière ont transformé en sanctuaire son immense désert. C’est surtout que l’intervention occidentale en Libye et la chute de Khadafi, fin 2011, ont disséminé sur son territoire quantité de combattants et d’armes. Mais ces déflagrations n’ont servi que de détonateur dans un pays où les religieux avaient déjà pris la main sur les questions sociales, abandonnées par les autorités et sous-traitées aux ONG.

Rhétorique de la recolonisation culturelle

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