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Economie

Annulation des dettes africaines : le ministre de l’Economie et des Finances du Bénin avait raison…

Moins de 48 heures après notification du Club de Paris* aux Etats africains de la suspension des remboursements de la dette due aux créanciers publics pour 6 mois, à compter de juin à décembre 2020, les sanctions des prescripteurs du marché sont tombées.

L’agence de notation Moody’s a en effet, dans une série de décisions prises le 12 juin 2020, placé en “révision à la baisse” les notes Ba3 en devises étrangères et locales de la Côte d’Ivoire et du Sénégal, les deux premières économies de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), en attendant des “clarifications claires” sur leurs engagements à respecter l’échéancier de remboursement des dettes privées.

Le Sénégal et la Côte d’Ivoire ont pourtant déclaré tour à tour, dans la foulée du moratoire conclu il y a deux jours, leur volonté de respecter leurs engagements vis-à-vis des créanciers privés, souscripteurs d’eurobonds négociés sur le marché international avec des spreads fatalement élevés compte tenu des incertitudes liées au coronavirus et aux anticipations sur les difficultés des Etats africains à pouvoir honorer leurs échéances. Cependant, relève Moody’s, l’appel du G20 aux créanciers du secteur privé à participer à cette initiative “à des conditions comparables” augmente le risque de défaut sur la dette privée.

En clair, la “révision à la baisse” des notes des deux pays, ajoutées à la surveillance sur le Congo dont la note, Caa2, est hautement spéculative, dégradent la signature de l’Afrique. Dans le cas du Congo par exemple, “l’ampleur de l’allégement de liquidité accordé par les créanciers bilatéraux est faible par rapport aux importants besoins d’emprunt du gouvernement”, relève Moody’s qui fait du coup, avec sa révision, baisser toute les zones UEMOA et CEMAC (puisque le Tchad, le Cameroun et le Congo sont candidats au moratoire) d’un cran dans la perception déjà lourde qu’on d’elles le marché financier international.

Cela veut dire concrètement que tout investisseur privé qui s’engagerait à souscrire à un titre de dette africaine demanderait plus de gages sous forme d’un taux d’intérêt suffisamment élevé pour rémunérer le fameux “risque Afrique”. Le ministre de l’Economie et des Finances du Bénin, Romuald Wadagni, avait raison, peut-être trop tôt: “la demande d’annulation ou même de moratoire entraîne forcément une spéculation du marché sur des difficultés futures des demandeurs à honorer leurs échéanciers”, martelait l’argentier envers et convers les avis des classiques comme Tidjane Thiam, à la tête d’un quatuor engagé par l’Union Africaine et qui tarde à présenter le résultat de ses missions.

Aujourd’hui, plus que jamais, l’Afrique doit parler techniquement d’une même voix avec les créanciers privés du Club de Londres*, constitués de grands investisseurs mais surtout de petits fonds londoniens dirigés par des gérants dont l’espérance de vie managériale est suspendue aux rendements de leurs fonds.

Au 13 juin, depuis la décision prise à la mi-avril du G20 de suspendre le service de la dette des pays les plus pauvres pour les aider à faire face à la crise du coronavirus, 30 pays éligibles ont officiellement demandé au Club de Paris à bénéficier d’un moratoire. Environ 12 ont obtenu gain de cause et doivent, à notre sens, avant de signer, faire la balance simple entre les flux de remboursements de la dette publique entre juin et décembre 2021 et les remboursements des dettes aux privés.

Parfois, l’annulation négociée avec la seule partie publique (Club de Paris) sans le Club de Londres coûte encore plus cher si tous les impacts y afférents sont évalués. Dans les conditions actuelles, le moratoire du Club de Paris risque d’avoir une incidence somme toute relative sans engagement des créanciers privés et de renchérir les coûts de la relance.

Source : financialafrik.com

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